Troisième mandat : « Après la bataille.»

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Le 7 novembre, la Cour constitutionnelle a confirmé sans surprise,  le score obtenu par le président candidat sortant. Avec un léger bonus soit dit en passant. En effet, crédité d’un pourcentage de 59, 49 % par la CENI, la Cour constitutionnelle a trouvé moyen de le proclamer vainqueur avec 59,50 % de voix. Après dix  ans  à Sékhoutouréya, pour son premier mandat de la quatrième république, que va faire Alpha Condé de cette victoire ?

Une impasse politique qui ne dit pas son nom

En dépit des clichés que la mouvance présidentielle s’évertue à servir à l’opinion publique, les choses sérieuses commencent désormais pour le vainqueur abonné aux premiers coups KO des trois scrutins présidentiels de 2010, 2015 et 2020. En effet,  au plan politique, le bilan du président sortant laisse à désirer dans la mesure où  la crise de confiance entre la mouvance et l’opposition radicale s’est considérablement élargie. Un déficit de confiance qui s’est cristallisé cette année par un cycle de contestations émaillées par de nombreuses victimes en vies humaines, et de divers dégâts matériels. Avec des répercussions incalculables sur l’économie nationale. L’historique opposant d’hier, n’aura guère réussi à gérer le pays avec une posture de chef d’Etat. En fin manipulateur politique, il a réussi l’exploit de neutraliser progressivement les frondeurs de l’opposition radicale, qui l’empêchait d’agir à sa guise. Avec une certaine dose de triomphalisme, l’actuel locataire du palais présidentiel tend la main à tous les Guinéens pour travailler…. Va-t- on une énième fois tordre le coup à nos textes règlementaires au profit d’accords politiques aux lendemains incertains ?

Quelques réformes enregistrées

Dans la dynamique du changement promis à son avènement au pouvoir, Alpha Condé a  posé quelques actes. Le talon d’Achille de son magistère est bien la desserte en eau et électricité. Malgré les investissements massifs dans le secteur énergétique, la gestion calamiteuse de la société EDG, Electricité de Guinée, que certains taxent «d’Ennemi de Guinée, » ou carrément « Entreprise de Délestage de Guinée » a fortement entamé la crédibilité du pouvoir. Même si le barrage de Kaléta a été livré en mai 2015 et que la construction de celui de Souapiti a démarré entre temps. Il ne faut surtout pas se leurrer sur la résolution des problèmes énergétiques du pays. C’est l’inter connexion des différents barrages sur le fleuve Konkouré qui représente  la solution définitive et durable pour le pays.

Mettre fin à l’impunité, un défi majeur

Dans le cadre de la lutte contre l’impunité et la corruption, malgré une volonté affichée  à juguler ces fléaux, la corruption demeure un sport national ayant de beaux jours chez nous. En disent long les différents rapports de Transparency International relatifs à l’indice annuel de perception de la corruption. Aussi, la question est-elle de savoir à quoi peut bien servir l’Agence Nationale de Lutte contre la Corruption, vu que la justice reste confrontée à l’ingérence de l’exécutif dans le judiciaire, au manque d’indépendance, le tout, dominé par un manque criard d’infrastructures et d’équipements dignes de nom, l’absence de cartes judiciaires, l’impunité et d’énormes difficultés à faire exécuter les décisions de justice. Pour venir à bout  de ces faiblesses, il faut débloquer d’importantes ressources financières dans un secteur aussi vital pour le pays.

Quelles perspectives ?

Entre la gestion de la pandémie du Covid-19, la relance durable d’une économie asphyxiée et la gestion de la période post-électorale, les premières années du troisième mandat d’Alpha Condé s’annoncent décisives. Au plan économique, de sérieux obstacles brident la croissance du pays. Le premier est l’état catastrophique du réseau routier. Sur 7 000 km de routes nationales, 2 400  seulement sont goudronnées et accessibles en permanence. Vient ensuite l’électricité : 46% de la population n’y ont pas accès. Le troisième obstacle est lié au manque de moyens financiers pour faire face aux nombreux besoins du pays. Nonobstant ces obstacles d’ordre économique, la priorité des priorités à nos yeux reste le chantier de la réconciliation nationale. Le 30 juin 2014, le président Alpha Condé déclarait « […] Nous ne pouvons pas construire notre avenir en faisant taire notre passé. Le passé est déjà dans notre héritage, nous ne pouvons pas le renier, nous devons l’assumer, pour qu’il devienne, par le biais de la critique, une source de leçons positives pour l’avenir. » Entre ce discours teinté de bonnes intentions et la réalité ambiante, il y a un écart qui en dit long sur le challenge de la réconciliation à gagner. Au regard de ces multiples défis qui meublent son  troisième mandat, il revient au chef de l’Etat de faire en sorte que son bilan puisse répondre aux attentes des Guinéens. Il a été élu sur la base de sa profession de foi de changer le pays. Force est de reconnaître aujourd’hui que ce changement se fait toujours attendre. Certes, depuis 2010, des actes ont été posés. Mais ils sont largement en deçà des profondes  aspirations des citoyens.

Cheick Tidiane

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