Sortie du président Mamadi Doumbouya : Entre assurances et scepticisme !

2 weeks ago

LES CHIMPANZÉS DE BOSSOU -GUINEE

Mamadi Doumbouya, le nouvel homme fort de Guinée, s’est ouvert, pour la première fois depuis son accession au pouvoir, le 5 septembre dernier, par le coup d’Etat qui a déposé le président Alpha Condé, au cours d’une interview qui était des plus attendues, à Radio France Internationale (RFI) et France 24.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le président de la transition en Guinée a dit des choses vraiment dignes d’intérêt. Au nombre des annonces phares de son entretien, l’homme a laissé entendre ceci: « Ni moi ni aucun membre de cette transition ne sera candidat à quoi que ce soit ». Et voilà qui devrait rassurer quant aux bonnes intentions du chef de la junte au pouvoir qui semble n’être pas venu pour « balayer la maison » et s’y installer.

L’on peut d’autant plus être tenté de donner à l’officier des forces armées guinéennes, le bon Dieu sans confession qu’il réaffirme plus loin le credo des armées républicaines en disant ceci : « Nous avons dit aux militaires de jouer leur rôle de soldats dans les camps pour défendre notre pays, parce que nous avons besoin de ça, et de ne pas se mêler de la politique ».

Ses déclarations de bonne foi valent que l’on tresse au président de la transition en Guinée, des lauriers

L’on peut donc dire, pour l’instant, que le colonel Mamadi n’a pas d’agenda caché et on peut le féliciter pour sa transparence sur une question où ses pairs malien, tchadien et soudanais sont restés très évasifs, cachant mal leurs intentions.

L’autre déclaration du Chef de l’Etat guinéen qui ne passe pas inaperçue, est celle qui transparait dans sa volonté manifeste de tourner définitivement la page de la mauvaise gouvernance. Et cela transparait assez clairement dans la formation du gouvernement de la transition où le chef de l’Etat dit avoir fait des critères de la probité et de la compétence, les seuls qui vaillent pour choisir « des personnes à la hauteur des attentes de la population guinéenne pour conduire la transition dans l’inclusivité totale».

Cette ambition est aussi salutaire dans la mesure où la bonne gouvernance n’a véritablement jamais été le label des pouvoirs qui se sont succédé à la tête du pays, laissant les Guinéens en proie à des maux dont l’exemple énigmatique est l’insuffisance à Conakry même, de la fourniture énergétique dans un pays censé être le château d’eau de toute l’Afrique de l’Ouest ; en témoignent ses possibilités énormes de production hydroélectrique.

Toutes ces déclarations de bonne foi valent que l’on tresse au président de la transition en Guinée, des lauriers même si l’on peut aussi légitimement être inquiet du silence que l’on décèle dans son entretien. Le plus grand de ces trous de silence est l’absence claire d’un calendrier de la transition. L’on sait que la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) avait donné à la junte, un délai de 6 mois pour l’organisation de nouvelles élections à l’effet de retourner à un ordre constitutionnel normal. Mais tout laisse croire que l’agenda de l’organisation sous-régionale ne coïncidera pas  avec celui de Mamadi Doumbouya qui veut prendre le temps de « mettre les choses sur les rails » en mettant, dit-il,  « à plat tous nos  problèmes et réécrire une Constitution adaptée aux problèmes de la Guinée pour trouver toutes les solutions pour l’émergence de notre pays ».

Il faudra donner plus de gages sur la durée de la transition

Si l’on peut comprendre l’urgence de toiletter la Constitution pour la débarrasser des scories sciemment introduites par Alpha Condé pour confisquer le pouvoir au peuple guinéen à travers le troisième mandat qui lui a été fatal, il apparait très clairement que l’ambition de poser les jalons pour l’émergence de la Guinée, ressemble plus à un projet de société et ne relève donc pas des prérogatives d’un gouvernement de transition.

Il faut donc craindre que cela ne soit utilisé comme alibi pour faire durer la transition. L’inquiétude est d’autant plus fondée qu’en Afrique, l’un des arguments récurrents utilisés par les dictateurs, tripatouilleurs de Constitution, c’est de prendre le temps de conduire à terme les chantiers de développement qu’ils ont entamés. Cela dit, en lui accordant le bénéfice de la bonne foi, l’on peut aisément penser que le choix du président guinéen de s’ouvrir en premier à un média international, est un clin d’œil à la communauté internationale.

La question que l’on peut donc se poser est la suivante : l’environnement international se laissera-t-il charmer par les beaux chants et plumages que tente d’arborer Mamadi Doumbouya ? L’on est tenté de répondre par l’affirmative dans la mesure où la CEDEAO qui est le premier anneau de la communauté internationale a, jusque-là, fait preuve de beaucoup de mansuétude vis-à-vis de la junte guinéenne. Mais pour ramer à l’unisson avec la CEDEAO, la Guinée devra vider avec elle les contentieux liés à la détention du président Alpha Condé et à la récusation de l’envoyé spécial de l’organisation communautaire. Il faudra sans nul doute aussi donner plus de gages sur la durée de la transition.

En attendant que les tractations diplomatiques produisent leurs effets dans ce sens, l’on est tenté d’accorder le tableau d’honneur au colonel Mamadi Doumbouya pour marquer la différence avec ses homologues du Mali, du Tchad et du Soudan qui rusent avec le peuple pour s’accrocher au pouvoir et qui, de ce fait, ne méritent que des bonnets d’âne.

Par Le Pays 

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