Prorogation de l’état d’urgence sanitaire : Cacophonie au sommet de l’Etat

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Le bled faisait face à la deuxième vague de la pandémie de Covid-19 depuis des semaines, avec des statistiques avoisinant la centaine de cas par jours. Mais ces derniers jours, la tendance est plutôt à la baisse. Le Prési Alpha Grimpeur est apparu à la télé-bidon nationale, mercredi soir, pour annoncer la prorogation de l’Etat d’urgence sanitaire pour un mois et l’allègement du couvre-feu de 00h à 4h du matin au lieu de 23h à 4h du matin. Son discours est suivi le lendemain d’un décret qui annonce que sur ‘’proposition de l’Assemblée nationale’’, l’Etat d’urgence est plutôt prorogé de deux mois. Au sein de l’opinion, ces deux sorties ont provoqué à la confusion. Certains dépités sont formels : ce décret n’a pas fait objet de débat à l’Assemblée nationale. C’est du moins ce qu’affirme Abdoulaye Kourouma, dépité et président du parti RRD : «L’Etat n’existe plus, les gens font ce qu’ils veulent, les institutions ne jouent plus leur rôle. L’Assemblée n’a été saisie nulle part pour la prorogation de l’Etat d’urgence sanitaire. La dernière plénière que nous avons tenue c’était autour des frontières. Si nous apprenons par voie de presse que l’Assemblée a été saisie c’est du mensonge. C’est un mensonge d’Etat que nous venons d’observer».

A l’Assemblée nationale, on affirme que le Prési Alpha Grimpeur a adressé un courrier aux dépités, à travers le bureau, pour leur demander leurs avis. Faux, rétorque Abdoulaye Kourouma : «La procédure voudrait que la proposition du Président arrive chez les dépités pour qu’on se prononce à travers une plénière. La souveraineté appartient à la plénière, le bureau ne peut pas se prononcer au nom de l’Assemblée nationale. Je démens le bureau de l’Assemblée parce que j’ai échangé avec nos représentants dans ce bureau. Ce courrier n’a jamais fait l’objet de débat, une réunion du bureau n’a jamais eu lieu. Mais Amadou Damaro Camara (président de l’Assemblée nationale, ndlr) ne peut que dire OUI parce qu’il est sous ordre du Président. Mais lui-même sait qu’il n’est pas libre dans ce qu’il est en train de faire».

Abdoulaye Kourouma qui dénonce un conflit qui est en train de naître entre l’exécutif et le judiciaire, craint une : «dissolution de l’Assemblée nationale». Il qualifie le décret du Grimpeur d’illégal et demande aux Guinéens de vaquer tranquillement à leurs occupations : «Il faut que les dépités soient des bons Guinéens, qu’ils disent que ce n’est pas faisable. Les Guinéens doivent suivre leurs affaires, oublier ce décret tant qu’il ne respecte pas les normes.  Les députés ne sont associées ni de près ni de loin à cette foutaise. Les gens ne peuvent prendre le pays comme si c’était leur propriété privée. Aujourd’hui, l’état d’urgence sanitaire est juste un moyen de pression pour empêcher les Guinéens de revendiquer leurs droits».

Pourtant, la Constitution du 14 avril 2020 va à l’encontre des propos de dépité Kourouma. Elle ne fait pas cas d’une obligation pour le Président de la république d’attendre une plénière de l’Assemblée avant la prorogation. L’article 100 stipule que : «L’état de siège, comme l’état d’urgence, est décrété par le Président de la République, après avis du Président de l’Assemblée Nationale et du Président de la Cour Constitutionnelle. Ces avis sont publiés au Journal Officiel de la République. Pendant cette période, le Président de la République peut prendre, par Ordonnance, toute mesure nécessaire à la défense de l’intégrité du territoire et au rétablissement ou au maintien de l’ordre public…»

Maître Mohamed Traoré, ancien Bâtonnier de l’ordre des avocats, lui, ne tranche pas. Mais il s’interroge sur ce qui aurait motivé le Chef de l’Etat à proroger l’Etat d’urgence sans l’aval de l’Assemblée nationale : «La séparation des pouvoirs ne devient-elle une règle vide de sens? L’Exécutif a-t-il vraiment besoin de se substituer à l’Assemblée nationale dès lors que celle-ci est composée dans une très large majorité de députés du parti au pouvoir? Il lui suffisait tout simplement de saisir le parlement pour qu’il obtienne la prorogation sans aucune difficulté. Mais la puissance rime dans bien des cas avec arrogance et volonté d’écraser tout le monde.»

Yacine Diallo

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