Procès du 28 septembre: bourreaux et victimes enfin sur la balance de Dame Thémis (Édito) 

6 days ago
LES CHIMPANZÉS DE BOSSOU -GUINEE

Le procès sur les crimes de sang et les viols commis le en 2009, aura finalement lieu à compter de ce 28 septembre, date marquant le 13ème anniversaire de la commémoration de cette répression sauvage, qui avait transformé notre cité en pandémonium. Ce procès sera sans nul doute gravé dans les annales de l’histoire de notre pays, dont la réputation sulfureuse n’a rien d’anecdotique. Ce procès sera l’ultime occasion pour les victimes, de regarder leurs bourreaux en face, devant Dame Thémis, où les vis-à-vis seront à chance égale. Rien à voir avec les procès de Moscou, qui ont jalonné la dictature du premier régime.

C’est une lapalissade de dire que les victimes du massacre du 28 septembre et les ONG de défense des droits humains avaient fini par se lasser de l’antienne relative à la tenue du procès, que le pouvoir déchu chantonnait à jet continu. Des effets d’annonce qui n’avaient en réalité pour seul but que de masquer la fuite en avant du régime dans la gestion de ce dossier très brulant. Quitte à passer par pertes et profits le sort des victimes de cette répression, qui avait fait plus de 150 morts et une centaine de femmes violentées, lors d’un rassemblement de l’opposition au stade du 28 septembre en 2009.

Ainsi, faute d’avancées dans le traitement judiciaire réservé à cette affaire, qui fut qualifiée dès le départ de « crime contre l’humanité » par une commission des Nations Unies, les victimes ne pouvaient que ronger leur frein. En attendant Godot.

Et vint le CNRD qui décide enfin de rétablir les victimes dans leur droit à une justice équitable. C’est le lieu de saluer cette initiative qui pourrait sceller définitivement l’indépendance de notre appareil judiciaire, et par ricochet redorer son blason. Quand on sait qu’elle a toujours du mal à se défaire de cette image d’une justice aux ordres. Ce qui n’a rien d’une simple caricature. Car sous la dictature du premier régime, il n’y avait pas de justice en Guinée. Les procès étaient menés de manière expéditive devant des tribunaux révolutionnaires, pilotés par des apparatchiks, à l’abri des magistrats.

Le règne de Lansana Conté ne parviendra pas à redonner ses lettres de noblesse à cette institution clé d’une république qui aspire à la démocratie.

Sous Alpha Condé d’énormes sacrifices ont certes été consentis en faveur du secteur de la justice, mais les juges en sont restés à l’étouffoir, sous les bottes de l’exécutif.

Avec cette junte militaire, on espère que la donne pourrait changer. C’est dans cette optique que s’annonce ce procès d’envergure, afin de situer les responsabilités lors de l’expédition punitive qui avait fait plus de 150 morts au stade du 28 septembre.

Une première pour un pays qui a longtemps figuré en queue de peloton, en matière des droits humains.

Après le procès de l’ancien dictateur tchadien Hissein Habré, qui a tenu le public en haleine en 2016 à Dakar, devant un tribunal spécial, l’affaire du 28 septembre sera l’autre grand procès que la région ouest africaine se prépare à organiser. C’est tout à l’honneur des autorités de la transition. Pourvu que la justice guinéenne puisse saisir cette occasion en or pour sortir la tête de l’eau.

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