Où est le PM dans tout ça ?

2 weeks ago

LES CHIMPANZÉS DE BOSSOU -GUINEE

A première vue, on pourrait dire que la première grande crise à laquelle fait face le colonel Mamadi Doumbouya depuis son avènement à la tête de l’Etat, est née d’un malentendu entre sa ministre de la Justice, Fatoumata Yarie Soumah, et le ministre secrétaire général de la présidence de la République, le colonel Amara Camara. Mais en réalité, tout le monde sait cela va au-delà des deux. Le coup de colère de la Garde des sceaux qui s’est terminé par le limogeage de cette dernière est illustratif d’une collaboration qui n’a jamais bien fonctionné entre la présidence de la République et le gouvernement. De la composition du gouvernement au récent agacement de Mohamed Béavogui à la suite de la rebaptisation de l’aéroport de Conakry, on a toujours senti un petit malentendu entre le palais Mohamed V et le palais de la Colombe. Et d’une certaine façon, c’est ce dont il s’agit à nouveau cette fois encore. L’absence du premier ministre d’un bout à l’autre de la chaine, n’en est qu’une parfaite illustration.

Avec le recul, on pourrait voir le discours du cardinal Robert Sarah comme une prémonition. En effet, dans son homélie du mercredi dernier, il appelait le président de la Transition à « travailler en étroite collaboration et avec clarté, franchise et totale confiance avec son premier ministre et son gouvernement ». Un gouvernement dont il disait par ailleurs qu’il est composé d’hommes et de femmes, qualifiés, compétents et intègres. Allant plus loin dans sa mise en garde, il suppliait même le colonel Doumbouya de « ne jamais concevoir ou admettre un gouvernement parallèle qui opère de nuit pour produire des décrets et faire des nominations en catimini et les diffuser nuitamment ». Or, ce sont exactement ces tares-là qui la ministre de la Justice a invoquées pour justifier le contenu de la lettre qu’elle a envoyée au colonel Amara Camara. En lieu et place des cadres qu’une commission mise en place par elle avait choisis et transmis à la présidence, cette dernière aurait finalement misé sur d’autres cadres. Ce, sans le lui notifier.

Mais au-delà de la ministre de la Justice, c’est du rôle et de la confiance que la présidence de la République confère au premier ministre dont il convient de débattre. Car comme Fatoumata Yarie Soumah l’expose dans son courrier, pour s’adresser au personnel de la justice, le président de la République aurait pu passer par le truchement de Mohamed Béavogui. A charge pour ce dernier de répercuter ensuite les instructions à sa ministre de la Justice. Par ailleurs, le colonel Doumbouya aurait pu profiter de l’espace qu’est le Conseil des ministres pour transmettre sa vision quant au fonctionnement du secteur judiciaire. Une démarche qui, là aussi, aurait grandi le gouvernement et le premier ministre. Or, à l’évidence, le courrier est parti de la présidence pour aller directement vers la ministre de la Justice. Le PM n’est même pas cité en ampliation. Quand, à tout cela, on ajoute le désaveu infligé au même Mohamed Béavogui par le CNRD, à la suite du dernier sommet ordinaire de la CEDEAO, il y a de quoi conclure que la collaboration entre la primature et la présidence de la République doit être repensée.

Enfin, le silence du premier ministre dans ce malentendu doit lui-même être interrogé. En effet, que pense-t-il du contenu du courrier rédigé par la ministre de la Justice ? Trouve-t-il que les arguments développés là-dedans par Fatoumata Yarie Soumah étaient fondés ? Que dit-il néanmoins du ton utilisé par cette dernière ? A-t-il pris part à la rencontre au cours de laquelle la décision de limogeage a été notifiée à la ministre ? A-t-il été associé à cette décision ? Autant de questions auxquelles on n’a pour l’instant pas de réponses. Pourtant, ces réponses sont incontournables pour comprendre quelle place Mohamed Béavogui dans ce bras de fer. S’il l’a subi ou s’il y est resté indifférent notamment.

Boubacar Sanso BARRY

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