NIGER : la démocratie à l’épreuve du terrorisme

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C’est avec un sentiment mitigé que les Nigériens abordent la reprise post-réveillon, ce lundi 4 janvier 2021. En effet, dans le fond, ils ne savent pas s’ils doivent mettre en avant la fierté et le soulagement consécutifs à la tenue plutôt réussie de l’élection du 27 décembre dernier et dont les résultats ont été publiés le samedi 2 janvier ou s’ils doivent privilégier la tristesse que leur inspirent les attaques terroristes qui ont ciblé deux villages de l’ouest du pays et qui, ce même samedi, ont emporté au moins une centaine de leurs compatriotes. Un drame qui, du sang rouge de toutes les victimes innocentes qu’il a englouties, entache une victoire démocratique symbolisée aussi bien par la transparence du scrutin relevée par l’ensemble des observateurs que par la possibilité offerte au pays de vivre sa première alternance pacifique. Mais cette dualité, entre d’une part, la démocratie et les impératifs de développement, et de l’autre la crise sécuritaire découlant de la présence dans la zone d’une foultitude de groupes terroristes, se pose à l’ensemble de la région sahélienne. Comme l’illustrent du reste les deux derniers soldats français, morts, eux, dans la région de Menaka, au nord-est du Mali voisin. Deux événements malheureux dont le message sous-jacent est que la lutte contre cet ennemi invisible demeurera au nombre des grands défis qu’il faudra surveiller dans cette région durant cette année 2021.

Une note positive au crédit de Mahamadou Issoufou

Le 20 février prochain, un second tour inédit opposera au Niger Mohamed Bazoum, 60 ans, ancien ministre de l’Intérieur et surtout dauphin choisi par Mahamadou Issoufou, le président sortant, à l’ancien président, Mahamane Ousmane, 70 ans. A l’issue du premier tour dont les résultats ont été proclamés le samedi 2 janvier par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), les deux sont arrivés en tête avec respectivement 39 % et 17 % des suffrages. Si au Niger en général et dans les rangs des partisans des deux qualifiés en particulier, on cherchera à savoir qui va l’emporter au sprint final, pour les observateurs extérieurs, moins intéressés par les enjeux de la gestion du pouvoir, le débat sur le vainqueur ultime n’est pas si important. En effet, quel que soit celui qui sera déclaré vainqueur au terme du second tour, le plus important pour la démocratie nigérienne aura été fait en amont. La véritable note positive qu’il convient de décerner à cette démocratie nigérienne vient du choix délibéré du président sortant, Mahamadou Issoufou, de s’en aller au terme de ses deux mandats. Un choix qui le distingue en particulier de ses homologues guinéen et ivoirien et qui, espérons-le, place son pays sur la liste de ces rares pays africains où la transmission du pouvoir peut se faire de manière pacifique. Dans un contexte où le fameux KO fait office de tendance, le second tour que nous offre le Niger n’est pas non plus le moindre des cadeaux en ce début d’année.

Une barbarie

Malheureusement, on n’a pas le temps de se réjouir et de nous délecter de cette singularité porteuse d’espérance. C’est un luxe que nous dénient les terroristes qui écument la région. Ainsi, ce samedi 2 janvier, avant même la publication des résultats du scrutin du 27 décembre, les villages de Tchombangou et de Zaroumadareye se faisaient envahir par une horde sans foi, ni loi. Comme à leur habitude, les assaillants ont sévi avec une cruauté indescriptible. 70 personnes tuées dans le premier village et 30 autre dans le second. Bilan auquel il convient d’ajouter 25 blessés dont certains seront à jamais handicapés. Pour le moment, il n’y a eu aucune revendication de la double attaque, menée en plein jour. Mais à la limite, l’identité du groupe à la base d’une telle barbarie n’est même pas si importante. Le plus important est de savoir la réponse que les autorités nigériennes, celles de l’ensemble de la région et leurs partenaires extérieurs entendent apporter au criard défi sécuritaire dans cette zone dite des « trois frontières ». Zone de laquelle relève aussi Menaka où deux nouveaux soldats français sont, eux aussi, tombés le même samedi 2 janvier.

Président de la République rime aussi avec responsabilités

Qu’importe donc celui de Mohamed Bazoum ou de l’ancien président Mahamane Ousmane, qui sera élu le 20 février. Qui qu’il soit, il devra savoir qu’il a du pain sur la planche. Qu’au-delà de la nécessité d’aider à sortir la majorité écrasante de ses compatriotes de la misère et de maintenir la flamme de la démocratie dont il sera en quelque sorte le produit, il lui faudra œuvrer avec ses homologues et le concours des partenaires, à créer un environnement sécuritaire susceptible de favoriser le développement durable du pays et de la région. Comme pour dire que dans le statut de président de la République, il n’y a pas que les privilèges. Il y a aussi les responsabilités et les devoirs. Une seconde dimension que beaucoup ont tendance à oublier sinon à passer sous silence, sous nos tropiques.

Boubacar Sanso BARRY

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