Me Béa, avocat de Chérif Haidara : « j’ai défendu beaucoup de personnes dans ce pays contre rien »

2 weeks ago
LES CHIMPANZÉS DE BOSSOU -GUINEE

Sa réaction n’aura pas trop tardé. Lui qui parle rarement de ses relations personnelles avec ses clients. Mais avec Lansana Chérif Haidara, une ligne rouge est apparemment franchie. L’ancien directeur général de la Lonagui dont la condamnation a été confirmée en appel (de la CRIEF) pour détournement de deniers publics et enrichissement illicite portant sur 27 milliards, accuse Me Salifou Béavogui de lui avoir retiré 10 millions de franc guinéen sans pour autant le défendre. « Derrière ces déclarations, j’entrevois de la manipulation. Quand il y a eu la décision, il ne m’a pas appelé, il croit être mieux défendu dans les Grandes Gueules qu’à la justice. C’est peine perdue… Moi, je reste un avocat professionnel, je continuerai à le défendre jusqu’au jour qu’il me dessaisira du dossier », réplique l’avocat.

Me Béa dit n’avoir jamais cessé de défendre son client. Au contraire, ajoute l’avocat, c’est le client qui n’a jamais suivi ses conseils. « Je n’ai été constitué par Chérif Haidara qu’après la décision en première instance [ il avait été condamné par contumace par  le tribunal de Kaloum à 10 ans de prison, au paiement des 27 milliards, ainsi qu’au paiement de dommages et intérêts]… Il a carrément abandonné ses anciens avocats pour me constituerIl m’a dit qu’il voulait me constituer plus tôt, mais on le lui avait déconseillé vu qu’on me considérait comme l’avocat des opposants, des syndicalistes… », explique l’avocat. Et de préciser en disant que Chérif Haidara, bien qu’absent au pays, avait eu la possibilité, à travers ses avocats, de faire opposition à la décision du tribunal de Kaloum. Mais, ce n’est qu’à la suite du coup d’Etat du 5 septembre 2021 qu’il est rentré en Guinée. Et de ce moment qu’il a profité pour changer d’avocat. Entre temps, son dossier, portant sur plusieurs milliards de franc guinéen, a été transféré à la CRIEF.

L’avocat a poursuivi ses explications en disant : « dès qu’il a su que le dossier allait être programmé à la CRIEF, il s’est rendu à Dakar sous prétexte qu’il est malade. Il m’a cité le diabète, la tension et tant d’autres maladies. Après quelque temps, je lui ai demandé de faire un effort pour revenir parce qu’un opposant qui ne peut se présenter au tribunal est défaillant et le tribunal ne pourra que confirmer la première décision. Je lui ai dit : ‘’ fais un effort pour revenir. Comme nous sommes tous convaincus que tu es victime d’un règlement de compte, nous allons nous battre pour qu’on annule ta condamnation. Pendant ce temps, le procureur ne faisait que m’appeler. De Dakar, il m’a envoyé les documents médicaux, je les ai déposés et nous avons fait retarder le procès de quatre à cinq mois. De Dakar, il a continué en France. A la CRIEF, je ne pouvais finalement pas obtenir de report et la première décision le condamnant a été confirmée.» L’avocat dit avoir fait appel de la décision tout en informant Haidara de la nécessité de sa présence (étant en pénal). En appel, la décision est confirmée. A ce niveau, Me Béa dit avoir décidé d’exercer le pourvoi en cassation tout en tentant d’informer son client. Mais celui-ci aurait coupé la communication entre eux. Il aurait donc laissé des messages vocaux et écrits en vain.

En dépit de tout, l’avocat entend poursuivre son travail en faveur de son client. « Je suis très surpris, mais je ne suis pas découragé. Je vais poursuivre mon travail pourvu que je sois conforme à la déontologie de mon métier et que je sois tranquille avec ma conscience », a-t-il dit. De passage, Me Salifou Béavogui dit avoir promis à Chérif Haidara de le défendre contre ce qu’il (Haidara) trouvera pour lui. Ce, au nom de l’humanisme et du désintéressement.  « Parce que c’est un doyen qui m’a demandé de le défendre. Celui-ci, qui est son oncle, est d’ailleurs très en colère contre lui… Sinon, pour une affaire portant sur 27 milliards, je pouvais lui exiger 2 milliards », a indiqué l’avocat qui s’est toujours porté comme l’avocat des faibles et des opprimés. « J’ai toujours défendu les faibles et les opprimés dans ce pays. Très rarement je défends le pouvoir contre les citoyens. J’ai même défendu beaucoup de personnes contre rien dans ce pays.  Aujourd’hui, c’est ceux-là qui étaient au pouvoir et qui sont en disgrâce qui font recours à mes services. Je les accueille à bras ouvert parce qu’après tout je suis avocat, donc appelé à défendre la liberté, l’Etat de droit et la démocratie…», a-t-il ajouté, comme pour répondre à ses détracteurs.

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