Mamadou Sylla révèle : "Comment Alpha Condé m’a exproprié l’hôtel Kaloum..."

2 weeks ago
LES CHIMPANZÉS DE BOSSOU -GUINEE

Elhadj Mamadou Sylla (bazin vert) et Alpha Condé, président renversé le 05 septembre par un coup d'Etat militaire Elhadj Mamadou Sylla (bazin vert) et Alpha Condé, président renversé le 05 septembre par un coup d'Etat militaire

CONAKRY-Elhadj Mamadou Sylla vient de déterrer un vieux contentieux l’ayant opposé à l’ancien président Alpha Condé sur fond de révélations croustillantes. Il s’agit du domaine où est érigé l’hôtel Primus Kaloum que le Groupe futurlec Holding revendique la paternité, à travers un bail emphytéotique de 55 ans, obtenu en 2004. Ledit bail avait été signé à l’époque par le ministère de l’urbanisme et de l’habitat, représenté par le ministre Ouo Ouo Blaise FOROMO. Comment a-t-il acquis cet hôtel situé à un lieu stratégique de la capitale ? Quel rôle Alpha Condé a-t-il joué dans son expropriation au profit d’investisseurs étrangers ? Alors que depuis quelques jours, les rumeurs deviennent persistantes sur une éventuelle vente de ce réceptif hôtelier le plus huppée de la capitale Conakry, le Groupe futurlec Holding d’Elhadj Mamadou Sylla demande à être dédommagé. Entretien exclusif !

AFRICAGUINEE.COM : Vous revendiquez un bail de 55 ans de l’hôtel Kaloum et en même temps vous demandé à être dédommagé. Dites-nous pourquoi ?

MAMADOU SYLLA : J’ai eu ce bail emphytéotique dûment signé après des négociations entre le ministère du Tourisme, qui est le département de tutelle des Hôtels ici en Guinée, le ministère de l’Habitat et l’Agence judiciaire de l’Etat. Après cela, je me vois exproprier ce domaine par l’ancien président Alpha Condé. Vous savez en 2010, j’étais vraiment engagé auprès de lui pour son arrivée au pouvoir en Guinée. Après qu’il soit installé, il m’a fait appel un jour pour me demander de lui céder cet endroit parce qu’il voulait l’octroyer à un investisseur chinois. Dans cet entretien, je lui avais dit : M. Le président, s’il y a des étrangers qui veulent investir dans le pays, il serait judicieux de les mettre avec nous les nationaux pour qu’on évolue ensemble. Si tu reprends des domaines à un investisseur local pour un étranger, ce sera très mal vu. J’ai tout fait mais je n’ai pas pu le dissuader (…), il m’a dit d’accepter, me rassurant qu’il était prêt à rembourser toutes les dépenses que j’avais effectuées dedans.

A l’époque, après l’avoir soutenu pour la présidentielle et ne le connaissant pas assez trop, je n’ai fait que d’accepter vu sa position de chef de l’Etat aussi. Mais je leur avais dit qu’il y avait des formalités à satisfaire pour résilier le contrat parce que ce domaine je l’ai acquis pour un bail de 55 ans. Certes, c’est sur un domaine relevant du patrimoine de l’Etat, mais il y a un article qui stipule qu’en cas de besoin, l’Etat peut reprendre son domaine mais tout en dédommageant l’acquéreur de commun accord entre les deux parties.

Mais hélas, jusqu’à sa chute du pouvoir, il n’en a jamais fait cas et n’a fourni aucun document. Je lui ai demandé de payer au moins l’argent quand j’ai vu que des travaux ont commencé sur le terrain. Pendant onze années, c’est la même rhétorique : promesse de me payer, mais rien. Beaucoup de ses ministres, dont celui de la justice qui a d’ailleurs été agent judiciaire de l’Etat sont au courant de cela. Le hic dans cette affaire, je viens d’apprendre que les chinois qui ont construit cet hôtel veulent le revendre.

Or, au cours d’un dîner que j’ai eu avec lui (Alpha Condé, NDLR) et avec témoin, j’ai dit au président Alpha Condé, que je ne lui demanderais plus de me payer mon argent puisque j’ai compris qu’il ne le voulait pas. Et j’avais ajouté : qu’il sache quand même que son successeur me le payera. Il a sursauté, parce que surpris par mes propos. Parce qu’il pensait qu’il était immortel au pouvoir. Je lui ai dit que j’ai des enfants, même si je meurs, s’il ne paye pas, ceux-ci le feront à ma place, parce que j’ai tous les documents. Je suis allé jusqu’à lui confier que je saisirai la justice tôt ou tard s’il ne me payait pas. Donc, dans les prochains jours, je verrai mon avocat pour enclencher une procédure judiciaire.

Vous réclamez d’être dédommagé à hauteur ce combien ?

Je demande qu’ils payent d’abord les investissements que j’ai eu à faire là-bas.

Ils se chiffrent à combien ?

J’ai tous les documents. Dans le contrat de bail, il y avait des redevances que je devais payer à chaque fois. Ensuite on dit même que l’immeuble que j’avais trouvé, on devait calculer sa valeur vénale que j’avais remboursé. Chaque année comme je vous l’ai dit plutôt, chaque je devais payer une redevance à l’Etat. Ça a continué pendant des années.

En 2004, dans quelles circonstances vous aviez acquis concrètement ce domaine ?

Une question très pertinente. A l’époque que cet endroit était géré par un certain Cherif Haidara, un malien proche du feu General Lansana Conté. Vu l’état de vétusté et de dégradation poussée de ce bâtiment, qui jouxtait la place des Martyrs, Cherif Haidara étant dans l’incapacité de mettre cet endroit en valeur, s’était vu retirer le domaine par le président Conté. On était tous d’accord. C’est ainsi que le Général Lansana Conté me fit appel en compagnie bien entendu de son ami Haidara pour lui dire qu’il voulait me céder cette parcelle et que je devrais lui rembourser les investissements qu’il a déjà entamé sur les lieux. C’est comme cela qu’on s’est mis d’accord et j’ai acquis ce domaine.

Le président Lansana Conté a fait appel au ministre de l’Habitat d’alors, Ouo Ouo Blaise Foromo pour enclencher la procédure, en annulant le bail de M. Haidara et de me faire signer un nouvel bail. Par après j’ai envoyé mon architecte de l’époque qui était Boubacar Barry (ancien ministre du CNDD et de Alpha Condé, ndlr), pour faire des plans de réalisation. Après réflexion, je me suis dit est-ce qu’il ne fallait pas ériger autre chose ici qu’un Hôtel. Ceci pour parer à des éventualités d’une attaque contre le président de la République qui fréquentait ces lieux à l’occasion des fêtes nationales. Très content de cette proposition le président Conté me demande ce que je voulais en faire, c’est ainsi que je lui ai proposé de faire des bureaux. Il fallait donc qu’on modifie le titre de bail en changeant le titre d’Hôtel en bureaux. C’est pendant ces tractations que le président Lansana Conté décède.

D’ailleurs avant son décès, Kouyaté qui était premier ministre d’alors avait signé un arrêté pour octroyer le domaine aux libyens lorsque Kadhafi était passé ici. Cela a été notre première embrouille parce que je lui ai fait comprendre que l’hôtel Kaloum était avec moi. Il fait un arrêté pour donner ce domaine à la société de Kadafi.

Donc j’ai protesté en disant « non ». Je suis parti voir le Président Lansana Conté qui a pris ma défense en disant que j’ai un bail de 55 ans. C’est ainsi que le président a pris un décret pour ramener l’hôtel dans le portefeuille de l’Etat pour que mon bail puisse continuer. Alors, c’est là que Kouyaté a commencé à avoir des problèmes. Alors après, le Président est décédé, l’armée a pris le Pouvoir.

En 2010, le président Alpha Condé est arrivé au pouvoir, on était dans de bon termes. Quand une fois je lui avais posé le problème, il m’a demandé d’aller voir l’agent judiciaire de l’Etat pour pouvoir faire le point pour me rembourser. A l’époque, c’est maître Ghoureissy Sow qui était agent judiciaire de l’Etat. Mais ça n’avait pas avancé, le dossier a été gardé dans les tiroirs. Quand M. Sow a été remplacé par maitre Mory Doumbouya, tout dernièrement on a réveillé le dossier. Même récemment le ministère du tourisme m’avait écrit pour reconnaitre que je n’avais pas été dédommagé.

Que demandez-vous aux nouvelles autorités ?

Comme les autorités actuelles ont promis que la justice sera la boussole qui servira de guide à tout le monde, j’ai deux options : soit l’Etat qui a signé le bail me rembourse ou bien je saisis la société qui gère actuellement l’hôtel et l’assigner en justice. C’est des aspects techniques que mon avocat va analyser pour voir qui, il faut attaquer, si c’est nécessaire, ou bien s’il saut régler l’affaire à l’amiable. Affaire à suivre.

Bah Boubacar Loudah

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 112

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