LE MARIAGE PRÉCOCE, CET AUTRE FLÉAU EN LIBRE CIRCULATION

1 month ago
LES CHIMPANZÉS DE BOSSOU -GUINEE

Le mariage par définition est l’union de deux personnes reconnue de façon officielle par la loi ou les règles en vigueur localement, dans le but de s’unir à vie pour former un couple. Selon les traditions l’union de l’homme et de la femme amène la création d’une communauté appelée famille, foyer, ménages…

Mais depuis quelques décennies d’autres formes de mariage existent, comme le mariage de personnes de même sexe.

Le droit au libre et plein consentement au mariage est reconnu dans la déclaration universelle des droits de l’homme (1948) cependant, ce droit est violé dans certaines communautés pour des raisons socioculturelles, religieuses ou économiques. D’après l’UNICEF, c’est en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud que la pratique du mariage precose des filles est la plus répandue. La prévalence varie selon le pays.  Un rapport sur le mariage d’enfants en Afrique élaboré par le centre pour les droits de l’homme, en collaboration avec la Commission Africaine des Droits de l'Homme en 2018, a révélé qu’au Cameroun 13% des femmes âgées de 20 à 24 ans étaient déjà mariées à l’âge de 15 ans et 38,4% à l’âge 18 ans. En République démocratique du Congo les données datant de 2010 ont révélé que 39% des femmes âgées de 20 à 24 ans se sont mariées avant 18 ans et 9% se sont mariées avant 15 ans. Il en est de même pour la Gambie, le Kenya, le Malawi, le Mali, la Mauritanie, le Mozambique, l’Ouganda, le Niger, la Guinée.

La Guinée pays en majorité peuplé de croyants, environ 85% des musulmans pratiquants admettent le mariage précoce et cette triste réalité est la même dans la minorité chrétienne et animiste. Cela fait de la Guinée l’un des épicentres de ce fléau avec les taux de prévalence les plus élevés et elle varie selon les régions.

On constate depuis 2007, une croissance de la prévalence des mariages d’enfants et les prévisions indiquent que cette tendance à la hausse va continuer dans les années à venir.

Le mariage précose de la jeune fille ne lui assure pas une bonne santé. Malgré la protection des femmes et des enfants par certaines lois du droit international et de la constitution nationale, le mariage precose reste une réalité vivante en Guinée.

En 2013 le ministère de l’Action Sociale, de la Promotion Féminine et de l’Enfance fournit un rapport alarmant et inquiétant après une enquête nationale : ‘’En Haute Guinée 76 filles sur 100 sont mariées avant l’âge de 17 ans. En Moyenne Guinée et en Guinée Forestière, 75 filles sur 100 sont mariées avant l’âge de 17 ans. En Basse Guinée 61 filles sont mariées avant l’âge de 17 ans et dans la Zone Spéciale de Conakry 39 filles sur 100 sont mariées avant l’âge de 17 ans’’

Il est donc aisé de comprendre que la situation est très préoccupante et peut entraîner des réactions en chaîne extrêmement dommageables. Les filles voient leur avenir leur échapper, la mise en danger de leur santé et leurs enfants. Car le risque de mortalité maternelle et infantile est plus élevé lorsque la mère est très jeune. Et malheureusement le phénomène continue de prendre de l’ampleur ces dernières années. L’UNICEF évalue à 12 millions le nombre de jeunes filles mariées pendant leur enfance chaque année dans le monde. Une légère baisse de 15% a été enregistrée lors de la dernière décennie, mais toujours est-il qu’une sur cinq est encore mariée avant ses 18 ans.

Faut-il alors se demander si la jeune fille est réellement en possession de ses droits ? Des voies de recours existent. Mais plusieurs raisons expliquent l’absence quasi-totale de plaintes. Pour des considérations socioculturelles les filles en Guinée ne disposent pas le plus souvent de la liberté de décision face aux parents. L’impact de la religion et de la tradition. Et pour la plupart d’entre elles, la méconnaissance des lois parce-que non scolarisées.

Pourtant le Code civil guinéen dans ses articles 281, 282 et 283, interdit le mariage forcé. Et toutes les définitions du mariage forcé évoquent l’absence de consentement. Même si tout mariage forcé n’est pas précoce, il faut quand même venir à l’évidence que tout mariage précoce est forcé dès lors que qu’une mineure de moins de 18 ans n’a pas la capacité juridique de consentir à son mariage.

Il est donc urgent d’ouvrir davantage les yeux, de se retrousser les manches car le fléau continue d’être en libre circulation. Surtout en ces temps de grandes vacances.

 

Aliou NDOYE BAH

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