L’Afrique des coups d’Etat

1 month ago
LES CHIMPANZÉS DE BOSSOU -GUINEE

La Guinée Conakry aussi aura probablement sa «transition démocratique». Le coup d’Etat contre le Président Alpha Condé, 83 ans, n’est certes pas encore complètement consommé. Mais il semble que ce pays qui compte parmi les plus pauvres au monde, malgré d’immenses richesses minières et hydriques, va bien inscrire son nom sur la liste des pays qui ont renoué avec l’instabilité politique, après le Mali, le Tchad et, dans une certaine mesure, la Tunisie. Et la succession est ouverte…

 

Le silence de la communauté internationale sur le retour aux régimes d’exception est bien la première cause de la régression démocratique, la renonciation au principe né du Discours de la Baule du 20 juin 1990, qui replonge l’Afrique dans la pensée retorse des coups d’État «rectificateurs» et de la Nation «à sauver». L’explication a contrario mettant en cause un régime à la dérive est de circonstance.

 

Elle ne saurait donner raison à des militaires dont le rôle est d’essence apolitique, même si Alpha Condé n’ayant visiblement pas appris de ses longues années d’opposition – et d’exil – avait forcé, en 2020, un troisième mandat timidement dénoncé par la communauté internationale.
Le péché originel, après l’injonction mitterrandienne de la Baule, est le coup d’Etat mené au Tchad, en décembre 1990, par 
Idriss Déby Itno contre Hissène Habré. Hors du pré carré français, il est précédé de quelques semaines par le putsch sanglant mené par Prince Johnson au Libéria, en septembre 1990, contre Samuel Doe. L’ordre de succession depuis, pour les 50 autres putschs commis à la régulière, c’est-à-dire selon le principe du «pousse-toi que je me place», et non pas encore de ces prétendues «transitions démocratiques», est : Mali (1991), Algérie (1992), Sierra Leone (1992), Nigeria (1993), Rwanda (1994), Gambie (1994), Sao Tomé et Principe (1995), Niger (1996), RDC (1997), Congo (1997), Zambie (1997), Comores (1999), Côte d’Ivoire (1999), Guinée Bissau (1999), Niger (1999), Burundi (2001), soit un coup d’état par an, jusqu’à celui du colonel Assimi Goïta perpétré contre le Président IBK, le 18 août 2020 !


Si on remonte le temps, l’on se rend très vite compte que l’Afrique traine ce péché originel depuis les indépendances. La série s’ouvre par la révolution menée par les Mouvement des officiers libre, en 1952, contre le roi Farouk 1er d’Egypte. Le Mouvement mené par Nasser nomme le général Mohammed Naguib à la Présidence du Conseil de la Révolution. Le nouveau régime contrôle les moyens d’information et les principaux services publics, épure l’administration et abolit la constitution de 1923. En 1958, c’est au tour du Soudan voisin «d’expérimenter» le pouvoir par la force, quand Ibrahim Abboud mène un mouvement qui dissout le 
Parlement et supprime l’alternance des partis à la présidence du Conseil. Le régime se maintient jusqu’en 1964. Abdallah Khalil, alors Premier ministre, fait partie du coup d’État contre son propre gouvernement !
Depuis, et jusqu’au coup d’Etat commis au Soudan, le 30 juin 1989, par Omar Hassan El Béchir contre Ahmed Al-Mirghani, 84 putschs (ou tentatives) ont été accomplis sur le continent africain où les militaires en ont fait leur jeu favori. C’est le Soudan qui détient le triste record de ces révolutions de palais avec huit (8) coups d’états, entre 1958 et 2019, date de la chute de la dictature d’Omar Hassan El Béchir. La Mauritanie, pays de l’Afrique de l’Ouest où seul le Sénégal échappe encore à cette «infamie», et le Congo, en Afrique Centrale, occupent le deuxième rang (7 putschs) devançant le Nigeria (6 coups d’Etat, entre 1966 et 1993).

 

Le Mali et le Ghana ferment ce top 5 des révolutions de palais en Afrique avec cinq (5) coups d’Etat : entre 1968 et 2021, pour le premier, 1966 et 1981, pour le second. Les pays africains qui n’ont jamais connu de putschs – ou de tentatives de coups d’Etat – sont moins de dix (Afrique du Sud, Ile Maurice, Namibie, Sénégal, Sud Soudan, Malawi, Mozambique, Botswana). Dans ce groupe de privilégiés, l’Afrique du Sud et le Sénégal sont peut-être les seuls pays qui peuvent se prévaloir d’avoir une armée républicaine, et d’être à l’abri d’un coup d’Eat.

 

Si les craintes sont moindres pour ces deux pays et pour l’Ile Maurice dont l’économie florissante, avec une croissance estimée à 7,5%, en 2021, adoucit les mœurs dans un Etat qui ne possède pas d’armée, dans lequel les missions militaires, policières et de sécurité sont menées à bien par un service de 10 000 hommes, c’est loin d’être le cas au Sud Soudan, pays en proie à la guerre civile depuis sa séparation de Khartoum.

 

Par Mohamed Sneïba, Correspondant AFRIMAG - Nouakchott

 
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