Kaloum-Reportage : "Les autorités ont bloqué notre gagne-pain…"

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CONAKRY-Une décision des autorités guinéennes plonge de nombreux citoyens dans la dèche, dans la commune de Kaloum ! De nombreux jeunes conducteurs de motos taxis, qui ralliaient chaque jour le centre des affaires de la capitale, ont vu leur revenu drastiquement baisser depuis que l'entrée des engins à deux roues a été interdit à Kaloum. Reportage.

Dans un communiqué rendu public le dimanche 5 mai 2021, la Direction nationale de la police a interdit la circulation des motos taxi dans la commune de Kaloum, centre administratif et des affaires. Depuis l’annonce de cette décision, la police routière est à pied d’œuvre pour l’application stricte de cette interdiction. Plusieurs conducteurs de mototaxis qui ont ‘’violé’’ cette interdiction ont payé le prix le plus fort.

Des centaines motos ont été arraisonnées à Kaloum. Si certains conducteurs ont réussi à payer de l’argent pour récupérer leur motos, d’autres n’ont toujours pas pu entrer en possession de leurs engins. Face à cette situation, ces conducteurs des motos taxis, plongés dans le denuement, tirent la sonnette d’alarme et demandent de l’aide aux autorités.

Ça fait mal…

Assis sur sa moto, sous l'ombre Mamadou Bhoye Diallo, attend hypothétiquement un client. Mais il est conscient des risques qu'il encoure. Il explique le calvaire auquel il est confronté depuis l'interdiction de la circulation des motos à Kaloum.

 « Cette interdiction nous fait tellement mal… Depuis cette décision, on n’arrive plus à trouver les moyens de satisfaire nos besoins. Nous, c’est Kaloum qu’on connait, c’est ici où nous avons l’habitude de travailler et il se trouve qu’on n’a pas d’autres activités à faire. Maintenant, on se demande quoi faire puisque quand on essaye de profiter pour travailler, les policiers nous attrapent. Pour récupérer la moto, on nous fait payer jusqu’à 500 mille Gnf. Donc c’est vraiment difficile.

Ce qui fait le plus mal dans tout ça, ce quand les policiers nous arrêtent, ils ne nous demandent pas de présenter les documents de la moto. Pire, quand nous leur payons de l’argent, ils ne nous donnent aucun reçu. Il y a des arnaqueurs parmi eux qui peuvent t’arrêter, te faire descendre sur ta moto ensuite ils disparaissent avec la moto, tu ne les reverras plus jamais. Beaucoup de nos amis ont perdu leurs motos comme ça. Encore, il y a des agents maintenant qui circulent en civile, dès qu’un motard arrive à côté d’un d’entre eux, il prend immédiatement la clé de a moto »,  explique ce conducteur de Moto Taxi à Kaloum.

Ce jeune débrouillard estime que les taxis motos sont devenus une nécessité dans la presqu'île de Kaloum, qui chaque jour, accueille des milliers de travailleurs, venus pour la plus part de la banlieue.  « Tous ceux qui travaillent à Kaloum ont besoin des motos taxi. Actuellement il y a assez de monde au niveau des carrefours parce qu’ils n’ont pas de voitures et il n’y a pas de motos pour les transporter», dit-il.

Mamadou Bhoye Diallo explique qu'avec cette décision, les autorités ont bloqué leur gagne-pain.  « Je demande aux autorités de venir en aide à la jeunesse guinéenne. Parce que ce que nous vivons actuellement est très difficile, nous n’avons pas où travailler et là où nous nous démerdons pour avoir notre gagne-pain aussi, on nous bloque. Comment nous allons faire maintenant ? », s'interroge-t-il.

Son ami Abdoulaye aussi nous a fait part de son calvaire. Ce jeune affirme que les conducteurs des motos taxi rencontrent assez des difficultés à Kaloum. « Depuis que les autorités ont publié ce communiqué interdisant les Motos Taxi à Kaloum, beaucoup de mes amis ont perdu leurs motos. Parce que quand ont les arrête, les agents leur disent que leur moto est arraisonnée jusqu’à nouvel ordre. Certains par chance,  arrivent à négocier avec 200 mille, 300 mille, 500 mille pour récupérer leurs motos avant qu’on les envoie à la fourrière. Mais ça aussi, ils payent l’argent sans qu’on ne leur donne un reçu de payement », a-t-il expliqué.

Certains citoyens estiment que l’interdiction des motos taxi dans la commune de Kaloum est salutaire, mais le Gouvernement devrait réglementer. « Au lieu de faire une interdiction définitive, les autorités doivent procéder à la réglementation, pour voir quelles sont les motos qui doivent faire le taxi et quelles sont les motos qui doivent avoir accès dans la commune de Kaloum. Parce que parfois il est très difficile de quitter la banlieue pour le centre-ville avec des voitures à cause des embouteillages. La solution c’est d’identifier toutes les motos de par leurs marques, de par les matricules, de par la peinture. Distinguer les motos qui font le taxi et les autres motos personnelles. A partir de cela, on peut facilement réglementer ce secteur », a proposé Ousmane Niang.

Aboubacar Diakité quant à lui invite les autorités à revoir leur décision.  « Je demande aux autorités de bien organiser ce secteur, de créer un syndicat pour eux. Parce que c’est dans cette activité qu’ils arrivent à nourrir leurs familles. (…) Si les jeunes ne travaillent pas, cela peut les pousser à faire du banditisme dans la cité, chose qu’on ne souhaite pas », prévient cet autre citoyen.

Interrogé sur ce sujet, le Directeur national de police routière est resté ferme sur cette décision. Pour lui, il n’y a pas des mesures d’assouplissement. Selon Colonel Zakaria Camara, « le communiqué reste maintenu. Pour appliquer les choses ont va doucement. C’est appliqué parce qu’on a plus 100 motos qui sont garées ici, on le fait progressivement », nous a confié cet officier de police.

Depuis l'interdiction de l'entrée et la circulation des taxis motos dans la Commune de Kaloum, des centaines de motos ont été réquisitionnées, dans les mains des conducteurs. Le 27 mai dernier, la Direction Générale de la Police Nationale a rencontré les syndicats des transporteurs de taxis motos, dans l'objectif de revoir actes réglementant la circulation des taxis motos dans la capitale, mais aussi de la libération des engins réquisitionnés. La police est toutefois restée ferme : hors de question de circuler à moto dans Kaloum.

Reportage réalisé par Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 666 134 023

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