Kabinet Komara sur ses relations avec l’ancien président malien Amadou Toumani Touré : elles étaient « extrêmement intimes »

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Le monde s’est réveillé ce lundi 10 novembre 2020 avec l’annonce du décès de l’ancien président malien Amadou Toumani Touré. Dès après l’annonce de la triste nouvelle, les réactions n’ont pas tardé pour rappeler qui étaient ATT, comme l’appelaient les Maliens. C’est dans Les Grandes Gueules de radio Espace FM que Kabinet Komara, ancien Premier ministre guinéen au moment de la junte militaire, s’est exprimé pour évoquer ses relations avec le défunt…

« Nos relations avec ATT sont extrêmement intimes. Nos relations ont commencé dans les années quand j’étais en Egypte. J’avais pour coutume de réunir tous les samedis à la maison les étudiants guinéens qui étaient à la Sorbonne (Egypte) pour que chacun traite un sujet sur l’Afrique de façon à ce qu’ils ne perdent pas contact avec leurs origines. Et à l’occasion d’une de ces soirées, il a été présenté un thème sur l’histoire d’ATT, et le présentateur disait qu’il était surpris que ATT ait quitté le pouvoir il y a 10 ans et qu’il veuille revenir (ce qui lui a valu le titre de soldat de la démocratie malienne, ndlr). Il y a eu un débat autour, et une semaine après j’étais dans le même vol que ATT, et je l’ai dit : ‘Président, il y a mon fils qui s’interroge sur la raison de votre volonté de retourner au pouvoir’. Il a souri et dit : ‘Nous sommes à deux semaines des vacances, fais tout pour venir avec tes enfants dans ma cour, je vais les recevoir et leur dire pourquoi je veux me présenter. Effectivement, nous sommes venus, mes enfants et moi, il a organisé un dîner chez lui avec sa femme et ses enfants. Il dit à mon fils : ‘Mohamed, si un Africain te dit qu’il n’aime pas le pouvoir, il aura menti. J’étais obligé de laisser le pouvoir la première fois parce que c’était pour sauver le Mali. Si je le gardais, c’était le Mali qui perdait. Je voudrais revenir cette fois-ci parce que je me sens d’avantage plus sûr et plus mûr pour apporter une nouvelle contribution. J’ai besoin de vos bénédictions à tous. Ce n’est pas du tout une volonté absolue d’un pouvoir, mais c’est pour servir le pays’. Et quand il a eu le pouvoir, il m’a dit : ‘Ecoutes, chaque fois que j’allais en campagne, je me rappelais de l’histoire de ton fils’ (…) En 2012, lorsque j’ai quitté déjà la Primature et que j’étais à Bamako pour le Forum de Bamako, il a coutume de nous recevoir tous au palais de Koutouba. Et la menace était déjà au Nord, et comme par miracle il nous a reçu et expliqué sa version de la situation (…) Quelques temps après il a perdu le pouvoir, et il est allé au Sénégal en exil. Alors moi je me suis retrouvé au Sénégal Haut commissaire de l’OMVS (Organisation de la mise en valeur du fleuve Sénégal) durant 4 ans, nous étions en contact. Comme l’a dit Benson Diakité (son ancien conseiller à la communication), il était extrêmement meurtri d’être en exil. Il a été surtout meurtri par les propos qu’on tenait contre lui, on l’accusait de tout et il voulait absolument avoir la possibilité de s’exprimer, mais il n’a jamais voulu interférer dans les problèmes. Il a commencé à préparer ses mémoires. Il me disait que son plus grand regret, c’est de ne pas pouvoir aller au terme de son mandat et de bénéficier du prix Mo Ibrahim, pour avoir conduit son pays de façon démocratiques. Il pensait qu’il méritait d’être reconnu pour cela… »

Amadou Toumani Touré est décédé dans la nuit du lundi à mardi en Turquie où il venait d’être évacué de Bamako par un vol régulier, après être admis d’urgence à l’hôpital Le Luxembourg  dans la capitale malienne. Il y avait précédemment subi une opération au cœur. L’ancien militaire qui a ôté sa tenue pour diriger le Mali est décédé à l’âge de 72 ans.

Hawa Bah

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