JOURNÉE INTERNATIONALE DU BRAILLE : Georges Sagna Niang interpelle…

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Ce lundi 4 janvier 2021 marque la 212e commémoration de la Journée internationale du braille. En Guinée, l’événement est passé aperçu comme toujours ! Une situation qui dénote du manque de soutien à cette couche vulnérable, selon certains observateurs. A en croire Georges Sagna Niang, le président de l’Union nationale des aveugles et malvoyants, aucune des trois journées consacrées aux déficients visuels n’a jamais été célébré. Il l’a fait savoir lors d’une interview qu’il a accordée au Djely…

Ledjely.com : Pour commencer, en tant que mal voyant, parlez nous brièvement de votre parcours.

Georges Sagna Niang : Mon parcours n’a pas été facile, mais il a été comme celui de tous les autres déficients visuels, parce que je suis né mal voyant. J’ai commencé mes études par les écoles du quartier avec les autres enfants bien portants. Je n’écrivais pas comme eux dans le cahier, mais je bichais mes leçons, je faisais mes évaluations en oral jusqu’à ce que j’ai retrouvé l’institut des jeunes aveugles du Mali dans les années 89. Après 3 ans de formation en braille, je suis revenu au pays pour continuer mes études : j’ai fait l’école AGUIPA, l’association guinéenne de la promotion des aveugles. C’était la première école pour aveugles et mal voyants en Guinée ; Du coup j’ai fait le collège et le lycée avec des personnes bien portantes, jusqu’à l’université. Et aujourd’hui je suis acteur de la société civile, je suis membre de plusieurs organisations humanitaires, et en même temps je suis cadre au ministère de l’éducation nationale.

Aujourd’hui le monde célèbre la journée internationale, quels sont vos sentiments ?

Aujourd’hui, c’est un autre jour pour nous les déficients visuels, nous les aveugles et malvoyants du monde, car nous fêtons les 212 ans de la naissance de notre héro qui est Louis Braille. Louis Braille est un enseignant inventeur né ivoirien le 4 janvier 1809 à Couvet en France. Il a perdu la vue à l’âge de 3 ans et il a inventé l’écriture braille en 1825, et il est mort le 6 janvier 1852 à 43 ans. Depuis ça, le monde célèbre le 4 janvier de chaque année, la date anniversaire de cet inventeur de l’écriture braille. Il s’est inspiré de l’écriture des points que l’armée française utilisait pour communiquer dans l’obscurité ou le silence pendant la guerre, inventée par un militaire nommé Babier, pour créer les 26 lettres de l’alphabet braille.

A ce jour, comment évolue l’apprentissage des personnes aveugles et mal voyantes ?

Déjà en Guinée, il n’y a qu’une seule école de déficience visuelle, qui est le Centre sogué des aveugles et mal voyants de Conakry, où nous essayons de recruter les enfants, les mettre là et les suivre jusqu’à la fin de leurs études. Pour ces enfants, une fois qu’ils arrivent en 6e année, ils n’arrivent plus à aller au collège, parce qu’il n’y a pas d’écoles pour aveugles pour une étude spécialisée au secondaire. Nous utilisons un système qu’on appelle le système d’intégration : chercher des parrains, des personnes de bienfaisance qui donnent de l’argent pour qu’on puisse payer la scolarité de ces enfants dans les collèges et lycées privés ; et suivre les mêmes études, les mêmes cours et dans le même temps que les enfants non porteurs d’handicap. Aujourd’hui, beaucoup de ces jeunes ont terminé leurs études. Il y en a qui travaillent déjà au niveau de différents départements ministériels, il y en a aussi qui sont en train d’étudier au niveau universitaire, et d’autres au baccalauréat et au brevet. Ils composent dans les mêmes matières pendant les examens et au même moment. Seulement, c’est l’écriture qui fait la différence, et à la correction il faut un spécialiste en braille pour assurer la correction des copies.

Comment se passe l’intégration de ces collégiens mal voyants ?

Nous passons à une sensibilisation des encadreurs, de la direction et des élèves dans les écoles qui reçoivent ces enfants. Parfois, il y a de ces enfants qui n’ont pas de parrains, mais il y a des fondateurs généreux qui les acceptent. Au niveau des enseignants, nous leur expliquons comment travailler avec ces enfants, parce qu’eux ils ne connaissent pas le braille : on écrit au tableau pour les enfants qui voient, et en écrivant au tableau on dicte pour que l’enfant non voyant qui est devant puisse entendre pour recopier ; ce dernier part réviser et ils passent les évaluations orales comme les autres. Maintenant s’il s’agit des évaluations écrites, après les évaluations, on retire les copies de l’enfant. Quant à la correction, pour celui qui ne connait pas le braille, il y a deux méthodes. Soit on remet la copie à l’élève lui-même, qu’il lise ce qu’il a écrit devant un staff d’enseignants et on le note, soit il lit devant ses camarades de classe. Quelqu’un passe au tableau pour recopier ce qu’il a fait et on le note. La deuxième méthode, c’est d’envoyer un enseignant qui connait le braille, qu’on appelle le professeur de suivi, qui vient prendre les copies dans les écoles, les transcris  et les ramène au professeur titulaire qui les corrige.

Justement, parlant de la première méthode, certains élèves mal voyants estiment qu’ils sont confrontés à une double épreuve. Que répondez-vous ?

Il faudrait qu’ils le fassent. Nous, on est passé par là, il faudrait qu’ils y passent aussi pour une question de transparence, parce que d’autres pensent que quand tu es aveugle, toutes les notes qu’on te donne, on te les donne par pitié. Mais non ! Il y a eu des baccalauréats ici où on a été bien placés. En 2004 par exemple, le 2e de la République en sciences sociales était un mal voyant, le 10e également.

Qu’en est-il des professeurs de suivi ?

Les professeurs de suivi viennent du centre Sogué. Ce sont des fonctionnaires de l’Etat au compte du ministère de l’Education nationale. Quand il y a des évaluations, on les appelle pour leur dire qu’il y a des copies à la direction, l’enseignant vient faire son travail et il rend les copies, et il s’en va.

Pour finir, quel message avez-vous à l’endroit des autorités ?

Je demanderai au gouvernement et aux partenaires financiers de soutenir les efforts des organisations de soutien aux personnes handicapées ; et de venir en aide au centre pépinière qui est le Centre Sogué des aveugles et mal voyants de Guinée, qui est actuellement la seule école du pays. Je pense que si cette école est soutenue, il y aura peu d’enfants mal voyants dans la rue qui n’étudient pas. Et surtout faire la célébration des journées consacrées aux personnes déficientes visuelles. Il y a la journée internationale de la canne blanche, celle de la vue ainsi que celle du braille…

Propos recueillis par Hawa Bah

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