Incendies à Conakry : les "confidences" de Moussa Camara, DG de la protection civile

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CONAKRY-Face à la recrudescence des incendies à Conakry, le directeur général de la protection civile vient de parler. M. Moussa Camara qui a été interrogé par Africaguinee.com, soulève des difficultés auxquelles son service est confronté. Il cite entre autres : l’état de la circulation, l’inaccessibilité de certains endroits, mais aussi la non utilisation du numéro vert. Il invite les citoyens à informer les sapeurs-pompiers dès l’instant qu’ils sont témoins d’un drame en appelant le numéro vert 18. Interview !

AFRICAGUINEE.COM : Des citoyens reprochent souvent au service de la protection civile de n’être pas prompt et inefficace. C’est le cas des victimes d’incendies au marché Madina qui n’ont pas manqué de fustiger la lenteur de vos équipes. Que répondez-vous ?

MOUSSA CAMARA : Nous sommes un service d’intervention. Par exemple, l’incendie de Madina c’est les magasins de stockage de friperie qui ont pris feu. L’incendie s’est déclaré tard dans la nuit. C’est quand ils ont vu la flamme que les voisins nous ont appelés parce que les propriétaires n’ont même pas de gardiens. Quand nous y sommes arrivés, on a trouvé que les deux premiers magasins étaient déjà consumés, il fallait tout faire pour limiter les dégâts c’est-à-dire empêcher la propagation du feu vers les autres magasins.  Si on n’était pas venu à temps, l’incendie risquait d’avoir plus de force parce qu’il y a eu 7 camions citernes qui se sont retrouvés sur les lieux. C’est ce qui nous a permis de contrer le feu. Heureusement, l’accès était facile parce qu’il n’y avait pas de marché, ce jour-là. Donc, nous ne venons pas en retard. C’est ce mot-clé qu’il faut toujours éviter. Nous sommes un service de l’Etat dès que l’information est donnée, l’équipe bouge à la même minute. Si on n’est pas informé avant, vous savez que la propagation du feu est rapide.

Les victimes ont certes apprécié le travail que vous avez abattu tout en fustigeant aussi le retard de vos équipes.

Non, ils n’ont pas dit ça. Le nommé Sacko, nous venons du même village. (…) Tous ceux qui étaient à Madina ont vu comment nos hommes ont travaillé. On ne peut pas dire que les pompiers sont venus en retard alors que les victimes, elles-mêmes, nous ont trouvés sur le terrain à 3 heures du matin.  (…) Nous, nous avons un travail qui n’est pas comme celui de la police. Quant à la police, on peut leur dire il y a des bandits par-là, ils partent sur le terrain. S’ils échouent à la première tentative, ils repartent après pour traquer les présumés bandits. Alors que nous, si on échoue c’est le désastre ou la catastrophe qui va se produire. Notre numéro vert est le 18. Il est opérationnel 24 h/24 quel que soit l’opérateur. N’attendez pas que vos bâtiments soient en flamme pour appeler les pompiers. Et quand vous appelez, il faut prendre en compte la distance entre le lieu du sinistre et la caserne des sapeurs-pompiers la plus proche. Il y a aussi l’état de la circulation. Il faut prendre en compte tous ces paramètres. Dès qu’il y a incendie, la première chose que les citoyens doivent faire c’est d’appeler les pompiers. Malheureusement, c’est quand ils n’ont pas pu éteindre le feu qu’ils nous contactent. Avant qu’on arrive, on trouve que l’incendie a presque tout consumé.

Voulez-vous dire que le service de la protection civile est bien équipé pour faire face aux éventuels drames qui se produiraient dans la capitale guinéenne ?

Avant, il n’y avait qu’un seul centre à Conakry. Aujourd’hui, on en a 4 : Kaloum, Matoto, Ratoma et Kagbélen. Pourquoi Kagbelen parce qu’il y avait toujours eu d’incendies dans cette zone industrielle et avant que les pompiers ne quittent Ratoma ou Matoto avec la circulation ce n’était pas facile. Mais aujourd’hui, même Coyah ou Dubréka quand il y a problème, ceux de Kagbélen sont là. Je ne crois pas s’il y a un feu à l’heure-là qu’on ne pourra pas maitriser. S’il n’y avait pas d’équipements lors de l’incendie au marché Avaria, c’est tout Madina qui allait prendre feu. On a une citerne de 40 000 litres qui nous permet quand on est en manque d’eau, d’en aller chercher et faire de la rotation. Cela nous permet de maitriser éventuellement tout incendie.

Il faut quand-même préciser que des équipes privées (Topaz ou Laguipress) vous appuient souvent dans vos services. Quels sont vos rapports ?

Ils ne font pas partie des services de l’Etat. Mais, c’est nous qui leur avons donné l’autorisation, la licence d’exploitation.  Il est mentionné que si les sapeurs-pompiers de l’Etat ont besoin d’elles car ayant étant débordés, elles sont obligées de venir à nous aider. C’est ce qui est écrit dans notre convention. Ils sont pompiers du secteur privé certes, mais elles sont concernées par tous les cas d’incendies. Lorsqu’il y a des drames simultanés, on se partage les tâches. La ville ne fait que s’agrandir et ‘’on n’a pas assez de moyens’’. C’est pourquoi, on collabore avec eux, on forme leurs éléments, chauffeurs, agents. Ils passent tour à tour dans nos centres pour faire le recyclage. C’est nous qui les formons à condition que quand on a des problèmes, ils nous viennent en aide.    

Quel message avez-vous en l’endroit de la population ?

Je répète toujours que le numéro 18 est disponible. Notre mission ce n’est pas seulement d’éteindre le feu ou les accidents de la circulation. Même celui qui est malade et couché à la maison, parfois, vous savez quand il fait tard la nuit, si vous avez un malade, on a peur de l’envoyer à l’hôpital à cause des bandits. Dans ces cas, les citoyens peuvent appeler le 18, partout et n’importe quelle heure, les pompiers viendront avec l’ambulance pour envoyer votre malade dans une structure de santé. Surtout les femmes qui, parfois accouchent pendant la nuit. Les pompiers sont là, pas simplement, pour éteindre le feu quel que soit le drame, appelez toujours le 18, à temps. Même si tu as des serpents dans la maison, vous appelez les pompiers à côté, ils viendront les sortir. Si c’est des abeilles aussi, ils les feront sortir. C’est pour vous dire que notre mission c’est partout, car il y a beaucoup des spécialités à la protection civile, et ça c’est valable pour Conakry et dans toutes les régions administratives de la Guinée et spécialement la préfecture de Siguiri à cause de sa forte densité liée à l’exploitation artisanale de l’or. Mais, au fur et à mesure, quand on aura les moyens, on va procéder à l’installation de nos unités dans les autres préfectures. Je répète encore, le retard dont on nous accuse, est souvent dû au manque d’informations.

Interview réalisée par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinée.com

Tel : (00224) 610-02-09-39

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