Guinée-Bah Oury dit ses "vérités" : "Depuis que ces casses ont débuté…"

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CONAKRY- L'opposant Bah Oury, a un regard très critique sur la déclaration de politique générale du gouvernement présentée par le premier ministre Kassory Fofana, ce mercredi 07 avril, à l'Assemblée Nationale. "Les questions fondamentales ont été ignorée", estime le président de l’UDRG, qui reste très sceptique par rapport aux annonces faites par le Chef du Gouvernement. L'homme politique a aussi évoqué le sujet lié aux casses des maisons, qui continuent de susciter des réactions, suite aux révélations faites par le Chef du Gouvernement.

AFRICAGUINEE.COM : Quelle analyse faites-vous de la déclaration de politique générale du gouvernement présentée ce mercredi par le Premier Ministre ?

BAH OURY : Je dois dire qu’il y a une rétrospective, un bilan de l’action qui a été menée au courant de ces trois dernières années. C’est un élément qui a transparu par rapport à la question de la restauration de l’ordre, la jugulation des tensions sociales, notamment au niveau des universités et des écoles etc.

Mais j’avoue qu’il y a des questions fondamentales qui, à mon avis, n’ont pas été abordées dans cette déclaration de politique générale.

Parlez-nous-en !

Il s'agit notamment des questions liées aux instruments pour aller dans le sens de l’apaisement et de la restauration de la cohésion sociale dans le pays, des personnes en détention, suite aux soubresauts politiques que nous avons connus durant l’année 2020. Il y a aussi la question de la fermeture des frontières, qui est un élément extrêmement pénalisant pour l’ensemble de l’économie nationale, pour ne citer que ces points qui sont fondamentaux. Ces éléments figuraient dans le memo que le chef de file de l’opposition a remis au président de la République. Donc, c’était une occasion, à travers cette déclaration de politique générale d’apporter des éléments de réponse à ces questions.

De l’autre côté également, dans un contexte assez fragile, les autorités gouvernementales avaient mis en place par décret, ‘’le cadre de concertation du dialogue politique et social’’ et jusqu’à présent il n’y a pas une dynamique précise pour la mise en œuvre de ce cadre permanent du dialogue.

A l’heure actuelle, la Guinée est dans un champ de mines où chaque mine peut éclater à tout moment. Donc, pour éviter le désastre, il était nécessaire d’aller dans le sens de l’organisation de la concertation nationale inclusive pour aborder les questions fondamentales une à une, en vue de créer une dynamique de consensus permettant à la Guinée de sortir de cette période très risquée.  Mais je n’ai pas entendu un mot, sur la mise en place de ce cadre permanent de dialogue.

De l’autre côté, des décisions majeures risquent d’intervenir qui vont aussi impacter l’aspect économique, social à travers l’augmentation annoncée d’ores et déjà, du prix du carburant après le ramadan. Avant que cela n’arrive, il faut organiser de manière responsable et inclusive ces dynamiques de concertation. Mais si on attend que tout se passe pour mettre les gens devant des faits accomplis, il va de soi que nous récolterons que des déboires. Parce que vaut mieux prévenir que guérir.

Les recommandations du cabinet du chef de file de l’opposition que vous avez énumérées et n’ont pas été prises en compte dans cette déclaration. Ne vous sentez vous pas ignorer par le président et son gouvernement ?

Je pense qu’il faut leur donner du temps pour apporter des éléments de réponses. Mais, ce que je dois dire, de manière nette et claire, chaque chose doit être réglé en son temps. Si nous voulons que ce pays avance dans le sens de la stabilité, il faut régler les problèmes les uns après les autres au risque d’accumuler des facteurs de crise qui risquent de générer une déstabilisation du pays. Et là, la responsabilité incombera aux autorités en situation de responsabilité maintenant.

Quels autres manquements avez-vous noté dans cette déclaration de politique générale ?

Cette déclaration de politique générale de l’année 2021, n’a pas pris en compte, la situation extrêmement difficile dans laquelle le pays se trouve actuellement.  Et ça, ce n’est pas une nouveauté. Vous savez que depuis très longtemps la Guinée ne vit que sur un endettement soit externe ou interne. Durant l’année 2020, entre novembre 2019 et décembre 2020, la dette du trésor vis-à-vis de la banque centrale est accrue grosso modo de 5 000 mille milliards. Cela veut dire que l’année 2020, la Guinée a vécu en utilisant des allocations et la garantie de la Banque Centrale pour émettre de la monnaie et pour financer ces différentes actions. C’est dans ce cadre que les élections ont été fiancées et l’Etat régalien tant bien que mal a fonctionné.

Mais ça un coût extrêmement énorme en terme de charges d’intérêt, d’équilibre des finances publiques. C’est cela que nous sommes en train de payer aujourd’hui. Cet aspect des choses devrait être dit aux guinéens pour qu’ils se rendent compte que la monté du prix du carburant qui est annoncée, la montée du prix des factures d’électricité et d’eau qui est annoncée, la nécessité de mettre en place par le président de la République, des contrats de performance aux impôts, à la douane, aux ministères du budget répondent à un souci à engranger des nouvelles ressources pour les finances publiques. Ceci est possible si l’activité aurait pu reprendre, la stabilité aurait pu être assurée, si la destination Guinée en vue d’investissement aurait pu être compétitive. Vous voyez donc, les conditionnalités pour que nous puissions redresser le pays dans un contexte politique assez tendu est très difficile et voire même illusoire. Ceci aurait pu être dit pour que les gens comprennent dans quoi nous sommes.

Les déguerpissements qui ont été effectués, tout cela ont accru les difficultés des gens avec un accroissement de la pauvreté. Les autorités devraient réagir plutôt pour régler les problèmes qui doivent remettre les pendules à l’heure afin de permettre à la population de reprendre son activité et pour pouvoir survivre en reprenant le travail au niveau de la paysannerie, chez les transporteur etc.

Parlant de ces casses devant les députés, le premier ministre a déclaré que "ni le président de la République ni lui" n'étaient informés. Comment comprenez-vous cette réaction ?

De la manière la plus publique et officielle, depuis que ces casses ont débuté, je n’ai cessé d’alerter pour dire que la méthode employée est mauvaise et qu’elle n’est pas du tout dans l’intérêt du pays et que l’Etat devrait s’atteler à agir autrement. Et malheureusement, nous n’avons pas été entendus et aujourd’hui la situation est là. Ceux qui ont vu leurs domiciles cassés, n’ont que leurs yeux pour pleurer. Ça aussi c’est un déficit de la gouvernance du pays.

Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 664-72-76-28

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