Fermeture des lieux de loisirs : Tenanciers de bars et opérateurs culturels crient à l’injustice

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Depuis l’apparition de la pandémie de Covid-19 en Guinée, les autorités ont décidé de fermer les lieux de loisirs et de distraction, pour réduire les risques de propagation de la pandémie. Face à la situation, les opérateurs culturels lancent un cri de cœur.

Rencontré ce 26 mai, Sâa Lamine Kamano, gérant principal du bar Festival au Carrefour-Conteneur, dans la commune de Ratoma, explique les difficultés : «Depuis l’apparition du Covid-19 en mars 2020, nous rencontrons assez de difficultés liées à la décision de fermeture des lieux de loisir et de distraction. La clientèle se fait rare, les agents de sécurité nous tracassent. Face à cette réalité, nous avons été obligés d’abandonner 70 % de nos travailleurs. A la veille du mois de ramadan, quatre véhicules  de la CMIS (Compagnie Mobile d’Intervention et de Sécurité) d’Enco 5 sont venus embarquer nos clients et nos gérants pour les détenir dans leurs locaux. Quand j’ai été informé, j’ai interpellé le responsable des tenanciers des bars. Nous avons essayé de joindre le commandant de la CMIS, mais en vain. Le lendemain, nous sommes allés voir leurs conditions de détention. Malheureusement, on n’a pas été reçus. Après, j’ai tenté de négocier pour leur libération, ils ont libéré tous les détenus pour m’emprisonner. Il nous a fallu payer un million de francs guinéens pour ma libération».

Depuis, les clients ont peur de fréquenter le bar. «Actuellement, poursuit Sâa Lamine Kamano, nous ouvrons jusqu’à 22 h 30 minutes comme stipule la nouvelle décision des autorités mais nous avons la peur dans le ventre. Je constate qu’au vu des autorités, le Coronavirus se propage dans les bars entre 22 heures et 3 heures du matin, sinon il n’y a pas de motif d’interdire uniquement les lieux de loisir de fonctionner et laisser d’autres».

Une décision pas suffisamment mûrie ?

Marguérita Yokoyamou, rencontrée dans le bar de sa famille à Kipé, craint de se retrouver dehors faute de pouvoir payer les frais de location : «Actuellement, rien ne marche chez nous parce que notre espoir est fermé. Nous sommes menacés par nos bailleurs, parce que nous n’avons pas payé le loyer depuis plusieurs mois. C’est ici qu’on gagne notre nourriture, les frais de transport, de scolarité et de loyer. C’est difficile de supporter cette situation qui nous expose au chômage. Tous les autres secteurs travaillent, on interdit le nôtre.  Pourquoi, c’est seulement les lieux de loisirs qui sont concernés par cette interdiction ? Nous demandons au gouvernement de revoir cette décision pour nous permettre aussi de travailler pour subvenir à nos besoins».

Valy Sacko, président des tenanciers de Guinée, dénonce une décision pas suffisamment mûrie : «En Guinée, on prend des décisions sans penser aux conséquences sur la population. Ailleurs, le secteur le plus touché par le Covid-19, c’est celui du tourisme et de l’hôtellerie mais  qui a été le plus accompagné. C’est ce qui n’est pas le cas en Guinée. Il y a beaucoup de lieux publics qui regroupent du monde mais qui ne sont pas interdits. Tandis que nous les tenanciers, on emploie beaucoup de jeunes, surtout des diplômés sans emploi. L’Etat doit imposer l’application des mesures barrières dans ces structures et nous laisser travailler. Socialement, ces gens qui travaillaient avec nous n’ont pas de quoi se nourrir ou se vêtir et restent exposés à la prostitution, à la délinquance…»

« C’est du deux poids, deux mesures »

Aly Bongo Léno, opérateur culturel, rappelle qu’il y a eu récemment un grand public au Stade du 28 Septembre à l’occasion du classico du championnat guinéen qui opposait le Horoya AC à l’AS Kaloum.  « Si les stades peuvent accueillir le public, ce n’est pas impossible que les salles de spectacle et les autres espaces ouverts n’arrivent pas à accueillir les spectateurs», estime-t-il. Et de remarquer que le Chapiteau du Palais du peuple ne semble pas également être concerné par l’interdiction des regroupements. Dernièrement, le président de la République en personne y était, pour assister à un symposium qui a refoulé du monde. Face à cette réalité, il s’interroge : «En quoi les organisateurs de spectacle, les artistes ne peuvent pas organiser les événements ?»

Salim Souaré, opérateur culturel, d’enfoncer le clou : «C’est carrément du deux poids deux mesures. Je ne sais pas si les décideurs comprennent l’utilité et l’importance de l’organisation des concerts, des spectacles ou le développement de la culture dans notre pays».

Baïlo Diallo

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