DÉBARCADÈRE DE BOULBINET : comment accueille-t-on l’interdiction de la vente du carburant au marché noir ?

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Par LEDJELY.COM5 novembre 20205 novembre 2020

Au lendemain de l’interdiction de la revente du carburant au marché noir, prise par le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, les principaux acteurs concernés commencent à s’inquiéter sur leur source de revenu. Ce jeudi 5 novembre, un journaliste du Djely s’est rendu au débarcadère de Boulbinet dans la commune de Kaloum pour rencontrer des citoyens qui y vivent de cette activité afin de savoir comment ils ont accueilli cette décision.

Nous sommes à la rentrée du port artisanal de Boulbinet. Assis derrière une table sur laquelle est posée une bouteille remplie d’essence, Kéba Sylla attend impatiemment – la peur au ventre – les clients, après avoir appris que la police a fait une descente hier nuit sur place pour faire appliquer la décision.

Depuis qu’il a appris la nouvelle, ce père de famille, marié à deux femmes et papa de huit enfants, résidant à Kaloum, dans le quartier Sandervalia, s’inquiète de la survie de sa famille une fois son activité totalement bloquée. « Nous ne pouvons rien contre la décision du gouvernement et nous allons nous y soumettre. Mais ce qui reste clair, ce que nous allons souffrir. Car c’est ici que nous cherchons de quoi nourrir nos familles, payer le loyer… Donc, si le gouvernement nous demande de quitter ces lieux et de ne plus vendre du carburant au marché noir, ça sera un début de calvaire chez nous. Et nos clients, en majorité des pêcheurs, vont aussi souffrir. Alors, nous demandons au gouvernement de nous trouver d’autres solutions pour nous permettre de subvenir à nos besoins », lance-t-il.

Ici, les revendeurs de carburant au marché noir cherchent un bénéfice de 1 000 francs guinéens par litre. « J‘achète le litre à 9 000 francs à la station service pour le revendre à 10 000 francs donc pour 1000 franc d’intérêt. Parfois, je peux vendre 20 litres. Mais sans cette quantité, je ne parviens pas à subvenir aux besoins journalier de ma famille », admet Kéba Sylla.

Tout en s’inquiétant sur leur sort, les revendeurs de carburant disent comprendre la décision du gouvernement d’interdire cette activité. Pour eux, c’est le comportement de certaines personnes « mal intentionnées »  qui a poussé le gouvernement à prendre cette décision. « Nous, nous vendons le carburant ici au marché noir pour pouvoir nourrir nos familles. Mais ceux-là qui l’achètent pour aller faire du mauvais, comme incendier les édifices, nous salissent. Mais si vous vérifiez, vous trouverez qu’ils n’ont pas acheté le carburant qu’ils ont utilisé au marché noir », se défend Fodé Sory Camara.

Et de rassurer : « Nous n’avons pas du tout l’intention de vendre du carburant à des criminels. Mais si le gouvernement nous interdit de vendre du carburant ici, cela nous inquiète énormément. J’ai six enfants sous mon toit dont ceux de ma sœur, qui sont tous scolarisés. Vraiment, nous demandons à l’État de nous venir ».

Les revendeurs de carburant au marché noir ne sont pas les seuls à s’inquiéter des conséquences de cette interdiction. Les pêcheurs aussi qui en sont d’ailleurs les principaux clients. « Cela devient inquiétant pour nous car ces vendeurs du carburant au marché noir sont notre seul espoir une fois qu’on est en pleine mer. On les appelle souvent tard la nuit pour avoir du carburant avec eux et dès qu’on arrive sur la rive on est servi. Donc dire que ce commerce est interdit cela nous préoccupe », explique Alseny Touré, pêcheur artisanal rencontré au port de Boulbinet.

Les chauffeurs de taxi qui roule sur le tronçon Boulbinet-Madina sont également touchés par cette interdiction. En effet, eux aussi préfèrent acheter leur carburant au marché noir que dans les stations service. « Nous allons souffrir avec cette décision du gouvernement parce que certains pompistes nous trichent ; quand tu dis de mettre dix litres, ils mettent neuf litres. Mais au marché noir tout se passe devant toi et tu peux tomber en panne de carburant dans un quartier où il n’y a pas de stations-service, tu vas au marché noir pour acheter du carburant et se dépanner », explique un chauffeur de taxi interrogé par Ledjely.com.

A rappeler que dans le communiqué annonçant l’interdiction de la vente du carburant au marché noir, il est indiqué qu’aucune personne n’est autorisée à vendre un produit pétrolier « en dehors des lieux appropriés et autorisés », autrement dit les stations de service. « Tout contrevenant verra son matériel saisi et se livre à des poursuites judiciaires », ont précisé les autorités guinéennes qui ajoutent que les « services compétents en la matière sont chargés de faire respecter cette mesure ».

Balla Yombouno

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