Culture : Tidiane Soumah dépeint les dysfonctionnements du secteur

2 weeks ago
LES CHIMPANZÉS DE BOSSOU -GUINEE

L’apparition de la pandémie de la COVID 19 en Guinée en mars 2020 a ralenti la majeure partie des secteurs socioéconomiques. Absent du pays depuis un moment pour des raisons de santé, Tidiane Soumah, PDG des Productions Tidiane world Music, a brisé le silence chez nos confrères de FIM FM, ce lundi 4 octobre, pour annoncer son retour sur l’arène musicale. Se prononçant sur le putsch du 5 septembre, cet opérateur culturel dit qu’il n’y a pas eu de coup de force ni coup d’Etat, mais c’est le bon Dieu qui est venu juste reprendre ce qu’il a donné. Contrairement à tous les coups d’Etat passés, il jure que celui du 5 septembre a été le coup le plus posé, le plus risqué et le plus aimé que la Guinée puisse avoir. «C’est un coup de Dieu. Je ne l’appellerais pas un coup d’Etat ou un coup de force, c’est Dieu qui est venu à 2h du matin et il a fini à 8h. Parce que ces hommes qui ont fait ça, ils ont pris un gros risque. Donc, ils méritent d’être félicités et remerciés parce que les risques étaient considérables», insiste-t-il.

Tidiane Soumah est l’un des rares Guinéens évoluant dans le secteur culturel à s’être opposé au troisième mandat du président Alpha Condé. «J’étais sûr à 100% que monsieur Alpha Condé ne ferait pas un an au pouvoir après avoir brigué un troisième mandat. La première personne que j’ai rencontrée avant que je ne fasse ma communication publique, aura été, devant témoins, Kiridi Bangoura, à son bureau. J’étais parti le voir pour un autre sujet, il a soulevé le sujet. Je lui ai dit : tu as fait de la sociologie comme moi, mais je pense que c’est un faux pas d’aller vers le troisième mandat. Vous aurez pu négocier cela à Ouagadougou. Cela pouvait être accepté par le peuple. Mais si vous ne vous êtes pas accordés sur ça, vouloir aujourd’hui introduire un troisième mandat ne marchera pas. Il est vivant et j’ai un témoin. Ce que le monde a vu de moi le 1er mars, était le fait que j’en avais ras-le-bol. Je suis passé par plusieurs personnes pour les dissuader, mais impossible. Donc, j’étais obligé de sortir publiquement pour dire non. Tellement j’étais touché, j’ai versé les larmes parce que je voyais le mal venir», rappelle-t-il. Tidiane Soumah, n’a aucune compassion pour Alpha Condé et son clan. «Quand vous voyez les gens sortir librement manifester leur joie dans les rues, c’est qu’ils étaient opposés à cette prétention».

Les maux dont souffre le secteur culturel

Selon Tidiane Soumah, le secteur culturel est victime de la mauvaise gouvernance des dernières trente-sept années car si la gouvernance de façon générale est nulle, les autres services de cette même gouvernance seront automatiquement touchés. «Il n’y a pas eu une approche dans le secteur du sport, de la culture et de la jeunesse dès 1984. Au temps de Sékou, tu pouvais tout critiquer sauf le secteur culturel parce que c’était le meilleur système d’Afrique. Dans les écoles, des quartiers, des PRL et des écoles chantaient les louanges du PDG RDA. Mais tout ce qui était création artistique était professionnelle, elle est restée jusqu’aujourd’hui. C’est le cas des Ballets Africains et le Bembeya Jazz. Ils avaient défini axes : l’un politique et l’autre artistique. Ce dernier pouvait vendre l’image de la Guinée à l’étranger, ce qui fait d’ailleurs qu’on résiste jusqu’aujourd’hui. Donc, il y avait une approche, une politique et une démarche adaptée. Quand les militaires ont pris le pouvoir en 1984, ils n’avaient pas d’approche, ni de projet, c’est-à-dire on vit dans la jungle. Ce qui fait que le ministère de la Culture n’a jamais changé. Il ne s’est pas adapté à la modernisation ni aux nouvelles réalités, encore moins créer des projets pour N’zérékoré, pour Mamou, etc… Tout se fait dans un ministère avec un budget. Donc, durant les 37 ans, le résultat est nul parce que la gouvernance politique a influencé le ministère. Et pire durant toutes ces années, il n’y a jamais eu une formation ou un transfert d’information entre le privé et l’Etat», fustige l’acteur culturel. 

A en croire Tidiane Soumah, le problème le plus persistant c’est que bon nombre de gens ne savent pas faire la différence entre le secteur culturel et le show buzz. «Quand tu es acteur culturel, c’est que tu mènes une activité culturelle pour promouvoir la danse, la percussion qui n’a aucun aspect commercial. Quant au show buzz, c’est quand tu investis pour gagner en contrepartie. En Guinée, il y a la guerre et la confusion entre ces deux. Entre les artistes, certains sont protégés par le ministère de la Culture et puis il y a cette histoire de poste de ministre de la Culture», clarifie-t-il.

Enfin, Tidiane Soumah espère qu’avec l’arrivée du CNRD, la donne va changer. Il encourage tout de même le président-colonel Mamadi Doumbouya, à se pencher sur la sécurité de la population. «Qu’ils sachent désormais, ils n’ont pas des ennemis qu’en Guinée seulement mais partout dans le monde», conclut-il.

Kadiatou Diallo

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