Coup d’Etat : témoignage choc de Z.C proche d’un garde d’Alpha Condé tombé dans l’assaut…

1 week ago
LES CHIMPANZÉS DE BOSSOU -GUINEE

Des éléments du Groupement  des forces spéciales dans les rues de Conakry, le 05 septembre jour du coup d'Etat contre Alpha Condé Des éléments du Groupement des forces spéciales dans les rues de Conakry, le 05 septembre jour du coup d'Etat contre Alpha Condé

CONAKRY- Plus d’un mois après le coup d’Etat du 5 septembre contre Alpha Condé, les familles des victimes n’arrivent pas à faire le deuil. Elles languissent de douleurs dans le silence depuis ces événements et interpellent les nouvelles autorités du pays. Elles ne savent pas où et comment les dépouilles de leurs proches ont été enterrés. L’hôpital aurait été interdit même de délivrer des certificats de décès aux familles.

Alors que le président de la Transition, Colonel Mamadi Doumbouya promet que désormais, ‘’la justice sera la boussole qui va guider chaque citoyen’’, ces familles réclament la vérité sur ce qui s’est passé et surtout réparation. Dans ce premier article d’une série de reportages consacré au coup d’Etat du 05 septembre et de ses répercussions, Africaguinee.com, a interrogé un proche d’un garde présidentielle tombé dans l’assaut du palais Sékhoutrouréyah.

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Le jour de l’attaque adjudant MLC, en servie au Camp Camayenne a croisé le destin. Tragique. Ce jeune soldat a été enrôlé suite à une formation suivie en Angola. Lorsque les premiers tirs ont retenti, lui, son chef et d’autres soldats ont sauté dans un pickup, destination Kaloum pour venir en renfort. Eux tous ont été tués sauf un seul rescapé.  Le grand frère de M.L.C, Z.C raconte le récit tragique. Son témoignage est émouvant.

Dans quelle circonstance est-il décédé ?

Leur base était au camp Camayenne. Membre de la garde présidentielle, il fait partie de la première promotion des éléments qui sont partis en Angola pour être formés. Un moment il servait au camp Makambo, puis il a été affecté au camp Camayenne. Le jour de l’attaque, il était de garde. Ce jour même, il ne se sentait pas bien et voulait rentrer à la maison d’après ses amis. A une heure tardive, il a quitté la garde, il est rentré au Camp. C’est au petit matin quand les coups de feu ont retenti, comme il était de garde, il était obligé avec un de ses colonels, ses amis, de s’embarquer dans un pickup pour aller en renfort. Dans ce pickup, c’est un seul d’entre eux qui s’en est sorti. Tous les autres ont été tués sur le champ.

Depuis son décès il n’y a eu aucune communication officielle là-dessus. Nous avons appris cette nouvelle avec une grande tristesse parce qu’on ne s’attendait vraiment pas à cela en ce moment. A la prise du pouvoir par l’armée, on nous a fait comprendre qu’il n’y a pas eu mort d’hommes. Dans l’opinion, on pense que tout s’est passé sans effusion de sang. Tout le pays était enthousiasmé. Revenant sur la mort de mon frère, au petit matin du 5 septembre, j’ai commencé à recevoir des appels de ses amis, m’informant qu’il n’est pas rentré. D’autres disaient qu’il est blessé.

Mais quelques temps après certains membres de la famille m’ont appelé pour m’informer de son décès. Je ne pouvais le croire parce qu’ils n’avaient vu son corps. C’est ainsi que j’ai quitté mon domicile, je suis venu à leur garnison, au camp Camayenne où j’ai quelques amis. L’un qui était ses plus m’a appelé à côté pour me dire : ‘’prends ça en bon croyant, mon ami (Mohamed Lamine Camara) est mort’’.

Je lui ai demandé s’il a vu son corps. Il m’a dit non, mais qu’il confirme sa mort. J’étais parti avec quelques membres de la famille, je me suis soustrait discrètement pour aller à la morgue de Donka. Etant de la même profession, je suis allé vérifier mais son corps n’y était pas. De là-bas je suis allé à l’hôpital Ignace Deen. Arrivé là-bas, j’aperçois un de mes frères (Marin) assis. Dès qu’il m’a vu, il m’a dit que mon frère est effectivement décédé. Il m’a indiqué la porte que je devrais ouvrir pour voir le corps. Je l’ouvre, je vois le corps de mon petit allongé. J’étais sous le choc, abattu. J’ai été envahi par forte émotion. Je ne pouvais imaginer qu’il allait être assassiné de façon aussi cruelle. C’est à partir de là que j’ai enfin confirmé sa mort à la famille.

Comment annoncer la triste nouvelle à sa maman, malade et alitée des suites d’un AVC

Je ne pouvais pas informer maman malade et alitée des suites d’un AVC. Il m’a fallu attendre le lendemain pour faire appel à un imam pour qu’il vienne à la maison et partager la tristesse nouvelle à ma maman. Il est venu, puis a fait un petit sermon avant d’annoncer la nouvelle à ma mère. Mon frère était le plus adulé de ma maman. Sa réaction a failli lui coûter la vie sur le coup. Dieu merci elle a pu s’en remettre. Elle vit avec cette cicatrice qui restera toujours.

Corps non restitué

Etant du corps médical, je suis parti par deux à trois fois à Ignace Deen. La première fois quand je suis arrivé, j’ai vu mes collègues, car connaissant la capacité de la morgue et le nombre de corps que j’ai vu, ils ne pouvaient pas tous y avoir de la place. J’ai demandé à mes amis à ce que son corps soit mis dans une chambre froide. Ce qui fut fait. Le deuxième jour, je suis venu le trouver au même endroit, il y avait juste une quinzaine de corps qui était dans un sac mortuaire à côté, à distance déjà, les corps étaient en état de putréfaction. Au troisième jour, on m’a appelé pour m’informer que des personnes étaient venues pour prier sur trois corps avant de repartir. La nuit du même jour, ils sont revenus récupérer tous les corps. Mes amis m’ont alerté qu’ils sont en train d’envoyer les corps.

Ils ont enterré les corps et on ne sait même pas où et comment. Aujourd’hui, nous avons très mal au cœur. On n’arrive pas à faire le deuil. Quelqu’un qui était en service de la nation perd la vie de manière aussi tragique, on n’en parle même pas. On dirait que c’est des animaux.

Ce que réclame la famille

Depuis son décès il n’y a aucune communication dessus. Ce que nous demandons aux nouvelles autorités c’est juste une réparation. On sait que même au temps du Prophète Mohamed (PSL), il y avait des morts (pendant le Djihad, guerre sainte), mais il faut assumer la responsabilité. Il ne faut pas avoir peur des hommes et penser que Dieu ne te voit pas. Nous demandons juste aux nouvelles autorités d’assumer la responsabilité de ce qui est arrivé. Parce qu’il est décédé.

C’est seulement son unité en compagnie du seul rescapé de leur pickup qui est venu en famille présenter les condoléances avec 4 sacs de riz et une somme de cinq (5) millions de francs guinéens. On ne sait pas si c’est au nom des autorités ou si c’est à leur propre nom.

Refus de délivrer des certificats de décès

Au jour d’aujourd’hui, je suis en train de suivre un de ses dossiers au niveau de Lanala assurance pour sa fille. On me demande un simple certificat de décès, mais il se trouve que les autorités militaires ont donné des instructions à l’hôpital Ignace Deen de ne pas donner les certificats de décès. Et que c’est eux qui vont les envoyer dans les familles des victimes. Malheureusement, quelqu’un qui n’a pas déclaré que votre enfant est décédé, ce n’est pas lui qui va vous apporter un simple papier de certificat de décès. Je précise que mon jeune frère s’était marié le 29 janvier 2020.  

A suivre…

Africaguinee.com

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