Contrôle routier : la gamme des intouchables

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Quand on affirme que personne n’échappe au contrôle routier, nous répondons sans ambages, qu’une telle assertion n’est pas fondée.  Il y a bel et bien des gens ou des véhicules qui passent librement devant les agents, sans être sifflés, garés ou même simplement interpellés. On leur adresse juste un regard tranquille, un sourire amical ou un signe de la main. Parfois même, on cesse de les voir.

Ces heureux favoris, à qui on ne demande jamais de montrer les papiers, sont de trois catégories : les « en haut de en haut » à qui on réserve toujours un bon « gardabou » (garde à vous !) avec un grand sourire, accompagné des mots aimables (ou obséquieux):  » mes respects excellence. Passez, s’il vous plaît ! »

Peut-être même qu’il n’y a que le chauffeur à bord. « Mais, voyez-vous», nous a dit un agent de la police routière, trouvé sur le terrain, « avec vitres teintées là, on ne sait jamais. Il vaut mieux ne pas courir de risques. Il faut toujours se dire que le patron est dedans. Pour en cas ! Et faire vite pour libérer le passage devant lui. Avec 4X4 rutilant comme ça, c’est toujours, toute urgence signalée ! »

Le deuxième groupe de privilégiés est celui des porteurs de tenue. On les rencontre, tous corps confondus, en voiture ou à moto. Un esprit de corps effectif joue en leur faveur. Ainsi, en verrez-vous au volant de véhicules sans immatriculation ou en surnombre (jusqu’à trois) sur moto et sans casque. Ils passent toujours, librement. Comme s’ils sont affranchis de toute soumission aux règles de circulation ou qu’ils sont vaccinés contre les accidents. Par rapport au casque qu’ils ne portent presque jamais, on en est à se demander s’ils ne pensent pas avoir des têtes blindées qui résistent à tous les chocs.

Dans cette panoplie de comportements, il y en a aussi qui se servent de leur béret d’uniforme, juste pour faire savoir qui ils sont. Ils le mettent en évidence sur le tableau de bord ou sur la banquette arrière. Quelquefois, ce sont des badges aux couleurs nationales bien apparentes que l’on suspend comme pendentifs au rétroviseur intérieur ou des macarons que l’on colle sur le pare-brise.

Un troisième groupe existe que nous allons scinder en deux. Il n’incarne ni l’autorité, ni le prestige ou la force des deux premiers. Pour l’un, c’est plutôt son dénuement complet qui lui sert d’atout.

C’est le cas des vieux véhicules, absolument usagés. Des épaves qui roulent par miracle, conduits par des chauffeurs qui ont fini par ressembler à leur tacot, tellement ils ont duré ensemble. Que voulez-vous, il faut bien que l’on vive, non ? Wallahi, assurer le quotidien de la famille n’est pas de tout repos !

Pour cette catégorie, la police ne demande rien. Il n’y a ni papiers à réclamer, ni argent à gagner. Interpeller pareil véhicule va d’ailleurs servir à quoi ? Qu’à s’encombrer inutilement ! Quand on sait que même pour l’allumer, il faut le pousser.

La dernière série appartient aux intouchables à cause de leur propension à entrer dans des colères noires, sans aucune retenue. Il s’agit du taxi des  »dioula moussou »(marchandes).

C’est une catégorie de véhicules qu’on ne rencontre qu’à l’aube. C’est le moment où les femmes s’activent pour faire leurs emplettes avant que le marché n’ouvre ses portes. Leur véhicule est bien vieux, souvent sale et peu rassurant. Mais, il assume parfaitement son rôle de transporter ces braves ménagères. Elles sont souvent en surcharge et leurs produits encore plus. Généralement, l’achat de poissons reste leur principale activité. S’y ajoute, accessoirement, les fruits et légumes.

Ce véhicule là est absolument garanti contre toute interpellation, surtout celle qui sent la tracasserie. Les agents le savent et s’abstiennent bien de le vérifier. Avec ces passagères, celui qui veut être servi en cris, vacarme, injures et crises de nerfs n’a qu’à s’approcher. Elles sont prêtes à en découdre avec quiconque a le toupet de perturber la conduite de leurs affaires. Aussi, les agents très matinaux font-ils tout pour les éviter, du mieux qu’ils peuvent.

D’ailleurs, il est admis chez nous, à tort ou à raison, que lorsqu’on commence sa journée par une salve de cris et d’insultes reçus en pleine figure, surtout venant des femmes, ça porte malheur.

Ce sont là quelques facettes du  »comment va la circulation routière’’ chez nous.

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