Cas Gaoual, Chérif Bah et cie : les "révélations" de Me Antoine Lamah…

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CONAKRY- Alors qu’ils sont écroués depuis plus de 3 mois à la Maison centrale de Conakry, Ousmane Gaoual Diallo, Chérif Bah, Etienne Soropogui sont désormais sans défense. Leurs avocats ont annoncé la suspension de leur participation à la procédure en la qualifiant de « parodie de justice ».  Me Pépé Antoine Lamah soutient que le collectif d’avocats pose désormais comme condition pour son retour dans la procédure, «la garantie d’avoir à faire à une justice déterminée à trancher dans le strict respect des droits de la défense ». Dans cet entretien qu'il nous a accordé, l'avocat n'est pas allé par le dos de la cuillère. Il fait des révélations sur la conduite des procédures.

AFRICAGUINEE.COM : Vous avez annoncé la suspension de votre participation dans les différentes procédures judiciaires en cours. Dites-nous Pourquoi ?

MAITRE PEPE ANTOINE LAMAH : Nous avons décidé de suspendre notre participation dans les procédures en cours pour contester la manière par laquelle notre justice est caporalisée, orientée et manipulée contre nos clients. Nous avons l’impression que ce sont des décisions politiques qui sont rendues en lieu et place des décisions de justice. Les convictions ne sont plus tirées de l’appréciation des dossiers de la procédure, mais des injonctions et instructions venant des tiers à la procédure. Nous ne voulons plus continuer à jouer à cette comédie judiciaire, nous n’allons plus continuer à cautionner cette parodie de justice. C’est pourquoi, nous avons simplement décidé de nous retirer et laisser les magistrats en charge de cette affaire d'agir comme bon leur semble. Nous avons compris, en fin, que notre présence ne sert à rien. Ça ne sert plutôt qu’à servir des figurants ou des décorateurs. Nous ne sommes plus prêts à se prêter à ce jeu. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de nous retirer.

Est-ce que c’est après concertation avec vos clients que cette décision a été prise ?

C’est de commun accord avec nos clients que cette décision a été prise. Ils sont avec nous et partage cette position.

Quelle conséquence ce retrait peut-elle avoir sur la suite de la procédure ?

Nous ne participons plus à leur assistance tant à l’instruction préparatoire que par devant la juridiction d’instruction si les magistrats souhaitent ainsi. Nous ne les assistons plus jusqu’à ce que nous ayons la certitude que les conditions procédurales de la tenue d’un procès juste et équitable soient réunies.

Avez-vous informé les autorités compétentes de votre décision ?

Depuis hier (mercredi 10 février), nous avons déposé sur la table du pool des juges d’instructions une demande à laquelle nous avons clairement souligné notre décision de suspendre notre participation au déroulement de cette procédure.

Qu'exigez-vous pour que vous leviez la suspension ?

Nous allons revenir dans cette procédure quand nous aurons la garantie d’avoir à faire à une justice déterminée à trancher dans le strict respect des droits de la défense. Nous reviendrons lorsque les magistrats en charge de ces différents dossiers proposeront des garanties suffisantes qui peuvent nous conforter quant à la tenue d’un procès juste et équitable.

Dites-nous concrètement quelle est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ?

Cette décision devrait être prise depuis longtemps. Nous avions confiance que les choses allaient changer. Mais, au contraire, les déceptions ne faisaient qu’augmenter. Nous avons estimé que trop c’est trop et qu’on ne pouvait plus continuer. Vous avez suivi le procès Foniké Mengué, personne ne pouvait s’attendre à une condamnation, mais puisque la machine était verrouillée et orientée pour entrer en condamnation, cela a été fait. Vous avez le cas Saïkou Yaya qui a été libéré, mais cette décision de justice n’a jamais été exécutée parce que simplement l’exécuteur ne l’a pas voulue ainsi. En fin de compte, il a été jugé et condamné, il a purgé sa peine que l’exécutif a voulu qu’il purge. Vous avez suivi le cas de Mamady Condé alias Madic 100frontières qui prend 5 ans de prison pour des faits que d’autres commettent à longueur des journées, voire pire. A l’analyse, vous allez comprendre que ce ne sont pas la gravité des faits qui explique le prononcé des peines, mais l’appartenance politique du prévenu qui détermine la sanction applicable.

Le ministère de la Justice rétorque cependant que les droits de tous les prévenus sont respectés.   Qu’en pensez-vous ?

Cette déclaration n’engagement qu’eux, mais nous savons la réalité du prétoire. Nous savons ce qui se passe après les audiences. Les vrais débats, ce n’est pas ce qui se passe contradictoirement en présence des avocats, les vrais débats c’est quand le juge met le dossier en délibéré, consulté par-ci, par-là ou reçoit des instructions, des pressions venant de diverses horizons. Il ne faut pas se cacher la face, la justice est devenue aujourd’hui un instrument de répression du pouvoir politique contre des opposants.

Abdoul Malick Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 669 91 93 06

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