Carburant-Badiko lâche une bombe : "la Guinée subventionne la consommation du Mali…"

1 week ago 18

CONAKRY- L'opposant Mamadou Bah Baadiko vient de lâcher une nouvelle "bombe" alors que le débat sur une éventuelle hausse du carburant fait rage. Dans cette seconde partie de notre interview, le président de l'Union des forces démocratiques (UFD) révèle que c'est la Guinée qui subventionne la consommation du Mali. L'opposant fait d'autres révélations accablantes sur la "mafia" du carburant. Exclusif !

AFRICAGUINEE.COM : Le gouvernement a annoncé une éventuelle augmentation des prix des produits pétroliers. Quelle est votre réaction ?

MAMADOU BAH BAADIKO : Le gouvernement est rattrapé par sa mauvaise gouvernance et par sa mauvaise gestion des ressources qu’il collecte avec les mines puisqu’il n’y a que ça comme ressources. Il y a une machine d’Etat budgétivore qui est insatiable. Aujourd’hui, ils sont carrément aux abois. Vous parlez du carburant, mais il y a le problème des lourdes taxes sur les communications téléphoniques. Les compagnies de téléphonie sont transformées en collecteurs d’impôts de l’Etat. La plus grande partie de leurs recettes va dans les caisses de l’Etat sous forme d’impôts et de redevances parfois mêmes des redevances illégales qui n’ont pas été votées par l’Assemblée. Ils grappillent tout ce qu’ils peuvent dans tous les sens sans égard aux conséquences économiques et sociales de ce qu’ils font.

S’agissant du carburant, on peut discuter à perte de vue sur le prix de 9 mille Gnf qui ne représente que 450 Fcfa. On sait que partout dans la sous-région, le prix est supérieur à ce montant et qu’aujourd’hui c’est la Guinée qui subventionne la consommation du Mali par exemple. Avec la complicité des éléments du pouvoir, vous avez des stations qui vont de Dabola jusqu’à Kourémalé et qui ne travaille que pour le Mali. Les gens se remplissent les poches. Donc, il faut d’abord juguler le trafic, pas également en décourageant les gens par le prix. Mais également, il faut percer l’abcès de la corruption dans les milieux dirigeants qui patronnent ces stations-services et autres.

L’autre problème c’est que les finances publiques ont besoin d’argent. Le prix du carburant n’est pas à son niveau régional. Mais il y aussi de poches de gaspillage des ressources, des détournements massifs sont là. Si on résolvait le problème des fonctionnaires fictifs qu’il y a dans la fonction publique, on aurait largement de quoi éviter une augmentation des prix du carburant. Il faut que le gouvernement pense à des mesures compensatoires pour accompagner la hausse éventuelle des prix du carburant. Mais, on cherche la solution par le mauvais bout, on augmente encore et encore, on pressure sur la population, plutôt que de faire des efforts pour casser la spirale incroyable de détournement des deniers publics. Vous avez Jean Pierre Koli Goepogui qui est venu avec des preuves pour montrer la réalité de magouille à la fonction publique. Après, on sort des margoulins qui disent que c’est faux, sans aucune preuve. C’est une plaisanterie. On ne sait pas jusqu’à quand la population va laisser cette plaisanterie continuer.

Très souvent le gouvernement compare le prix du litre en Guinée par rapport à ceux appliqués dans les autres pays de la sous-région. Mais ne faudrait-il pas comparer les pouvoirs d’achat aussi et les salaires de base?

Malheureusement, nous ne produisons pas de pétrole. En plus, il y a un secret : la Guinée a le plus mauvais carburant d’Afrique de l’Ouest. Par contre, dans les autres pays, le carburant est de bonne qualité. Evidemment, cela a des conséquences sur l’état des véhicules.

Qu'en dites-vous de l'application par le gouvernement de la flexibilité ?

Nous l’avons dénoncé. Lorsque le prix du baril a baissé au niveau mondial au premier semestre 2020, on n’a pas eu une seule répercussion sur les prix à la pompe comme cela aurait dû l’être. Ils étaient contents d’empocher de plus-values. Aujourd’hui, ils ne peuvent pas nous dire qu’ils sont coincés. Actuellement, le cours du pétrole monte, mais il y a le dollar qui baisse sur les marchés mondiaux. Normalement, il y aurait moyen de ne pas faire exploser le prix. Dans tous les cas, il faudrait mettre en place des mesures d’accompagnement en faveur des populations.

L’autre problème, on n’a pas des routes. Quand vous arrangez les routes, vous diminuez la consommation du carburant. Elles sont pratiquement impraticables et en plus, les chantiers sont arrêtés sans explication puisque le gouvernement n’a jamais travaillé dans la transparence. Le chantier de Coyah-Dabola est arrêté, on n’a jamais su pourquoi. Ils sont en train de rafistoler en vitesse de ponts. Ça ne marchera pas, je reviens de l’intérieur, on a été bloqué à plusieurs endroits dans des embouteillages à cause du mauvais état de la route alors même qu’on a eu que deux grosses pluies jusqu’à présent. Qu’en sera-t-il en plein l’hivernage ?

Le Premier ministre en personne a interpellé la ministre des Travaux publics sur le risque de perturbation éventuelle du trafic sur la RN1 Coyah-Kindia.

Je trouve qu’il est pitoyable. Il interpelle publiquement sa ministre, on dirait qu’elle n’est pas dans son gouvernement. C’est une façon de se dédouaner. Nous avons déjà dénoncé cette situation bien avant lui.

A l’occasion de la fête internationale du travail, Aboubacar Soumah du Slecg a demandé à l’Etat de revaloriser le Smig de 440 mille à 1million 500 mille Gnf. Le gouvernement ne semble pas disposé à satisfaire à cette revendication des enseignants. Cela ne présage-t-il pas un risque des tensions sociales ?

Les risques sont là. Les Guinéens en ont assez de ce système, le ras-le bol est généralisé. Le gouvernement le sait. Vous avez vu tous ces incidents un peu partout dans le pays y compris en Haute Guinée à cause de l’exploitation artisanale de l’or, du manque des routes, d’eau et de courant. Aujourd’hui, la Guinée est dans une situation particulière. C’est un pouvoir absolu, dictatorial et n’a plus aucun contrepoids aucun contre-pouvoir en face de lui. Il n’y a aucune institution qui puisse faire face au pouvoir pour lui dire Monsieur ce que vous faites là n’est pas bon, pas légal et donc, il faut changer.

Même l’Assemblée nationale dans laquelle vous siégez ?

L’Assemblée est totalement contrôlée par le pouvoir. Nous n’avons que les moyens de contester et de proposer. On n’a aucun moyen d’infléchir le pouvoir. Il n’y a pas de syndicat. Les syndicats sont tous laminés aujourd’hui. Ils n’ont plus aucun poids sérieux pour mener la contestation, puisqu’ils sont assujettis au pouvoir par mille moyens. Aboubacar Soumah a fait la grève pendant 4 ans, ce qui n’a fait que pénaliser les enfants des pauvres, les enfants de la nomenklatura eux n’ont pas perdu un seul jour de cours. Le gouvernement n’a pas reculé et n’a rien fait. Quand on parle des religieux, tout le monde est assujetti au pouvoir. Il n’y a pas de force morale, aucune force capable de servir de contrepoids au gouvernement qui fait absolument ce qu’il veut.  On verra bien jusqu’à quand ça va durer. (…) Il faut que l’opposition parlementaire et extra parlementaire s’entendent sur une plateforme minimale de revendication.

Peut-on s’attendre au syndrome 2007 ?

Ce n’est pas qu’en Guinée, c’est une loi universelle. Quelqu’un qui a faim, vous ne pouvez pas l’empêcher de se révolter et même parfois de commettre des crimes. Le gouvernement doit le savoir. Quelle que soit la force de sa police politique, sa police sécrète, ses armées, s’il continue avec son système prédateur et corrompu, il ne pourra pas empêcher des soulèvements incontrôlés aux conséquences incalculables.

Le Mali est déstabilisé de nouveau par un coup d’Etat après celui contre IBK en 2020. Le président de la transition Bah Ndaw et le Premier ministre Moctar OuaneQue vous inspire cette situation ?

Il faut d’abord rappeler qu’il y a eu un soulèvement populaire qui a chassé IBK, un autocrate complétement corrompu, incapable de tout et qui a laissé son pays à la merci d'une bande de sauvages, narco djihadistes. Après la chute d’IBK, on a écarté les forces progressistes patriotiques qui avaient largement participé aux manifestations. Je rappelle qu’il y a eu un écrit qui a révélé qu’il y a 192 généraux de l’armée malienne qui sont milliardaires. Il y a de gens qui se nourrissent de la guerre. La corruption est à outrance, comme en Guinée. Il y a des nouvelles qui parlent de rivalités franco-russes à cause d’histoire d’achats d’armements où  il y a de gros intérêts.

C’est extrêmement dramatique pour le peuple malien dont le pays meurtri va devenir un champ de bataille entre les grandes puissances rivales! Aujourd’hui, ils sont plus bas qu’au point de départ. Le Mali est dans une tradition infinie de coup d’Etat militaires depuis 1967, pour continuer le même système prédateur et corrompu. Les militaires maliens ont autre chose à faire que de défendre leur peuple et leur territoire, car trop occupés à s’enrichir.

A suivre...

Interview réalisée par Abdoul Malick Diallo

Pour Africaguinee.com

TEL : (00224) 669 91 93 06

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