Cadre de vie: Vivre et mourir à Conakry !

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En 1891 lorsque le colon français Noël Ballay traça le plan de lotissement de la ville de Conakry, dont-on dit qu’il en est le fondateur, il se référa à deux éléments de la nature: l’Océan atlantique et les vents (alizés et moussons).

Les rues de l’actuelle commune de Kaloum, jadis l’île de Tombo, ont été dessinées en tenant compte de ces deux facteurs. Médecin, Noël Ballay voulait une aération optimale de la ville, afin de prévenir la promiscuité et les maladies. Il jeta les fondations de l’hôpital qui porta son nom jusqu’en 1968 – l’hôpital Ballay – avant d’être renommé «Ignace Deen» du nom d’un médecin béninois.

130 ans plus tard, en 2021, le «Conakry» du Dr Noël Ballay est une image de carte postale qu’on ne trouve même pas au musée de Sandervalia. Conakry est devenue une pieuvre qui étend ses tentacules jusqu’au pied du mont Kakoulima.

Une urbanisation à l’horizontale incontrôlée qui a transformé l’ancienne «perle de l’Afrique de l’Ouest» en un joyeux capharnaüm où le salon de quelqu’un peut servir de chemin de passage pour rallier une concession voisine dont le trou de l’unique lieu d’aisance familial est refermé par une boîte de conserve vide.

Vivre et travailler à Conakry, c’est jouer des coudes au quotidien. Hélas, y être enterré n’offre pas plus de repos ! On ne fait pas de places aux morts. Les cimetières de Conakry sont d’une tristesse affligeante. Difficiles d’accès, mal entretenus, mais surtout petits, voire exigus. Les tombes se chevauchent dans un enchevêtrement cataclysmique.

Trouver de la place pour enterrer dignement son mort dans certains cimetières de la ville relève d’un casse-tête chinois. C’est si rempli que des fois on déterre des ossements en creusant ! De vaines tentatives de remblaiements n’y font rien.

C’est qu’il y a longtemps que la capacité d’accueil de ces lieux a été dépassée. Les habitations ont envahi les cimetières de sorte que morts et vivants ne sont séparés que par des murets improbables. D’immenses quartiers surpeuplés avec des carrés de cimetière de la taille d’un mouchoir de poche. Pas de parcs, pas de jardins publics, pas de terrains de jeux non plus.

Une ville sans âme. Une vie sans charme. Allô tonton Noël Ballay ?

Alimou Sow

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