An 63 de l’Indépendance : une transition pour une refondation

2 weeks ago
LES CHIMPANZÉS DE BOSSOU -GUINEE

Comme un vent de liberté et de renouveau, ce 63ème anniversaire de l’indépendance de la Guinée est célébré avec l’espoir de la réalisation de la promesse des pères fondateurs en 1958 : liberté

Un souffle nouveau pour ce pays au parcours chaotique, aux espoirs ratés avec des élites corrompues et un infantilisme politique. L’espérance de ce souffle nouveau a ce charme de l’inattendu et du presque inespéré. Il est la résultante de plusieurs années de combats, couronné par le courage d’un groupe d’hommes, à leur tête le Colonel Mamadi Doumbouya, un inconnu des Guinéens avant un 02 octobre 2018.

S’affranchir des chaînes du communautarisme, de la bestialité du jeu politique, construire une nation et refonder l’Etat. C’est cet espoir qui anime en ce 02 octobre 2021, la majeure partie des Guinéens. On ne pouvait rêver meilleure occasion que la transition amorcée à la veille de ce 02 octobre lors de la prestation de serment de « l’homme du 05 septembre ». Pour que cet espoir ne soit pas raté (encore), le chemin sera ardu, parsemé de « cisailles ». Des erreurs, il y en aura, certainement. Mais il faudra éviter les interdits empruntés par le passé, aucune dérogation ne doit être admise à la règle de bien faire et de servir la Nation. Faire de la Guinée une société où il fait bon vivre, redonner cette fierté tant clamée. Pour cela, il faut :

  • Le respect du serment

Le serment a quelque chose de sacré, il est plus qu’un simple engagement. Il est aussi la promesse d’une sincérité. Le CNRD et son Président gagneront beaucoup à respecter le pacte qui les lie au peuple de Guinée, pour lequel ils ont fait le choix de sacrifier leurs vies. Le Président de la Transition s’y est engagé solennellement, ce 1er octobre. L’effet domino suivra. Les cadres et responsables imiteront l’exemple. « Si vous donnez l’exemple, vous n’aurez pas à donner des règles » disait Ziglar.

Sans refaire l’histoire des drames de ce pays, on peut sans nul doute affirmer que la cause est simple : les élites ont manqué à leur serment. Aimer ce pays et le servir loyalement.

Les signaux jusque-là émis par le CNRD sont bons, mais le chemin est long et sera périlleux. Il faudra tenir le cap et utiliser la justice comme « boussole », cela a été dit et réitéré, il faudra en faire une pratique au quotidien. Pour au finish, l’inscrire comme une vertu pour tous les Guinéens.

Vaste chantier, difficile chemin que celui de faire ce qu’on a promis, dans un pays habitué aux entourloupes politiques, aux reniements constants des plus hautes élites.

Les symboles posés jusque-là sont forts, le Guinéen s’est senti « guinéen » en ce jour de fête glorieuse. Des périodes de turbulences apparaîtront, le bateau de la transition tanguera certainement, dans les eaux troubles de la trahison, des coups bas et les bassesses humaines dont les élites guinéennes ont la recette magique.

Mais il faudra tenir le gouvernail, l’avenir du pays en dépend, tellement immenses sont les espoirs et fondées sont les craintes d’un retour à la case départ.

  • Se mettre au travail

Le travail, première valeur de la devise du pays, a été travestie. Le travail doit être le paravent pour les compétences et talents. « Il est temps de se mettre à la tâche » avait entonné le Colonel Doumbouya aux premières heures de sa prise de pouvoir. Il était temps. Pour cela, aucun besoin d’un poste ou d’une nomination. Sortir du « fétichisme » des postes, travailler ne demande pas un décret. Chaque citoyen a une portion de pouvoir d’action, il doit en user et agir. S’approprier et exprimer les valeurs qui fondent notre Nation dans la plus banale de ces actions, au quotidien.

63 ans de querelles, de louvoiement, de folies meurtrières. Comme fâchés avec la vertu du travail, les différents régimes qui se sont succédé à la tête du pays ont érigé la courtisanerie comme seule « compétence » à acquérir pour être « quelqu’un ». Savoir louanger le chef est gage de réussite. Le mérite et ses vertus sont des sacrilèges. Vous n’en croyez pas, observez le nombre de compétences qui se trouvent hors de l’administration publique. Qui auraient bien voulu apporter leurs contributions à l’édification d’un système de gouvernance plus sain. Ils ne peuvent supporter le jeu nauséabond et infect de la chaîne de gouvernance.

  • Une justice

Crimes économiques et politiques ont foisonné dans ce pays. Tout le monde est coupable et tout le monde innocent, presque. La clameur publique vous condamne et innocente, selon ses humeurs, contrôlées par des nantis aux intérêts bien connus. La loi n’est dite que selon la lecture du chef, ses exigences. Elle a perdu toute son essence et son sens durant 63 ans. Il n’est pas question de ne réparer que des torts commis mais s’assurer qu’il n’y aura plus d’innocents embastillés, plus de salaires détournés, plus de projets personnels entretenus par les fonds publics sans damnation des coupables.

La justice a cette vertu de dissuader ceux qui sont tentés d’outrepasser les limites des transgressions. Elle permet de condamner et d’avertir. De réprimer tout en menaçant. Cette subtilité lui confère tout son charme. Il suffit qu’elle s’applique dans sa rigueur et ses règles.

Ces trois piliers ne sont pas les seuls pour redonner de la grandeur à ce pays, mais permettront sûrement de poser les bases d’un pays réconcilié avec ses valeurs, ses fondements.

Un pays qui donnera espoir, sourire, comme on en a vu ce 02 octobre 2021.

Mamadou Saliou Sow, Sociologue

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